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1- La fin du règne de Henri II.

Situation de la Bretagne en 1559.

L'acte d'Union de la Bretagne à la France date de 1532. Le roi est représenté par un gouverneur qui préside les Etats de Bretagne. L'acte d'Union prévoit qu'il ne peut y avoir de nouveaux impôts sans l’acceptation des Etats, que les Bretons ne sont justiciables que des tribunaux bretons, qu'ils ne peuvent être appelés au service armé hors de la Bretagne et que les bénéfices ecclésiastiques ne doivent être attribués qu’à des Bretons. Le Parlement comprend 33 membres et de 1532 à 1560, la province connaît une grande prospérité. La population croît, la ville de Nantes passe de 20.000 à 35.000 habitants, celle de Rennes de 15.000 à 20.000, Saint-Malo compte bientôt 15.000 habitants.

C'est une époque de construction de logements, d’églises, de clochers. Les enclos paroissiaux et les calvaires sont bâtis dans la première moitié du siècle. L'industrie est florissante : fabrication de toiles, mines, métallurgie. L'Hôtel des Monnaies de Rennes est en 1561 l’un des premiers de France.

L’Eglise connaît des difficultés, les évêques et les abbés ne résident pas dans leurs diocèses ou leurs abbayes. Ils y passent, prennent leurs bénéfices et repartent. Le bas clergé est en pleine décadence : ivrognerie, débauche sont choses courantes. Le protestantisme touche peu la Bretagne. Alors que sur l'ensemble de la France, les protestants représentent en 1560 environ 10% de la population française, en Bretagne, ils sont peu nombreux, en majorité des jeunes de 15 à 30 ans et seulement en Haute Bretagne. La Bretagne, rebelle à l'introduction de la Réforme est soumise au pape. Les églises bretonnes sont placées sous la protection spéciale du pape surtout quand l'influence française devient menaçante pour les libertés. Les papes ont presque toujours défendu le duc de Bretagne et les évêques bretons contre les prétentions du roi de France. Un historien écrira : " On devait avoir plus de peine à rencontrer un calviniste qu’à le combattre. " Les Valois ont conservé des antipathies profondes dans la population, la réunion de la Bretagne à la France est récente et l'annexion a été difficile.

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Voyage de Francois d’Andelot en Bretagne.

Malgré une répression impitoyable, le protestantisme commence à se répandre et à toucher toutes les couches de la population à l'exception des fonctionnaires et du Haut-clergé. L'Eglise-mère n'est pas à Genève mais à Strasbourg. Plusieurs membres de la noblesse se convertissent : Antoine de Bourbon, duc de Vendôme et roi de Navarre, son frère Louis de Condé, les trois frères Chatillon : François d’Andelot, l'amiral de Coligny qui se convertit pendant sa captivité et Odet de Chatillon, évêque de Beauvais, membre du Sacré Collège.

En avril 1558, d’Andelot vient visiter les terres que lui apportent en dot par son mariage, Claude de Rieux. Il est seigneur de Rieux, de Pontchâteau et de La Roche-Bernard. Il est accompagné de deux prédicateurs : Fleury et Loiseleur. Fleury est venu de Neufchatel " pour aider l’œuvre du Seigneur. " Les prêches sont organisés au château de Blain chez la vicomtesse de Rohan, au château de la Bretesche chez Lanoue et le jour de Pâques à Nantes au domicile de Lanoue puis au Croisic, à Guérande et à Angers.

Le succès est grand, les conversions nombreuses. L'église du Croisic ayant servi à un prêche, l’évêque de Nantes, Antoine de Créqui y fait dire une messe d'expiation. A Vitré, une église réformée est constituée par la Vicomtesse de Laval qui a été excommuniée par le pape Paul IV. Le gouverneur de Bretagne, le duc d’Etampes saisi par les catholiques laisse faire, il ne veut pas de répression.

Manifestation du Pré aux clercs.

Du 14 mai au 19 mai, sur la rive gauche de la Seine, en face du Louvre, 4000 protestants défilent en chantant des psaumes, ayant à leur tête un membre de la famille royale, Antoine de Bourbon. Parmi eux se trouvent d’Andelot. Le roi n’osant pas s'attaquer à Antoine de Bourbon, convoque d’Andelot. Il lui reproche son voyage en Bretagne et sa participation aux manifestations des protestants. D’Andelot répond : " Mon épée et ma vie sont au roi et mon âme à Dieu. " De colère, le roi lui jette son assiette à la figure, le fait arrêter et le dépouille de sa charge. L’événement aura une portée considérable : pour la première fois un grand seigneur est arrêté pour une affaire de droit commun.

Le 2 juin 1559, le roi signe l'édit d’Ecouen pour dit-il "extirper l’hérésie. " Cet édit interdit d'appliquer aux hérétiques d'autres peines que le feu. Deux conseillers au Parlement, Anne du Bourg et Laporte sont arrêtés, ils seront exécutés quelques mois plus tard.

Calvin demande aux protestants de se détourner de la violence. Le protestantisme ne se maintient que dans trois zones : sur le littoral atlantique de la Loire au Béarn surtout autour de La Rochelle et de Bordeaux, dans la vallée de la Loire autour de Saumur, Tours et Chinon et enfin en Normandie.

Mort du Roi Henri II.

Un tournoi est organisé sur les Lices à Paris, près de l'actuelle place des Vosges, à l'occasion d'un double mariage, celui de Philippe II roi d'Espagne avec Elisabeth de France, fille du roi Henri II et de Catherine de Médicis et celui de Marguerite, soeur du roi avec le Duc de Savoie.

Le combat oppose le roi Henri II à Montgomery, commandant de la garde écossaise. Au troisième combat, Montgomery voudrait s’arrêter mais le roi veut poursuivre. Les deux cavaliers repartent au galop, se heurtent, la lance de Montgomery soulève le casque du roi et le blesse à l’oeil. Le roi titube, on le transporte aux Tournelles. Près de lui se trouve la reine Catherine, sa maîtresse Diane de Poitiers et le Dauphin. Le chirurgien Ambroise Paré, appelé d’urgence, tente de réduire les plaies. Peine perdue, le 10 juillet 1559, le roi expire. Il est remplacé par François II qui est mineur, il a quinze ans. Son règne sera de courte durée, moins d'une année. Il est en mauvaise santé et est dominé par sa femme Marie Stuart et par les étrangers venus se regrouper autour des Guises. En quelques jours, ceux-ci prennent le contrôle du pouvoir.

Création de la municipalité nantaise.

Quant Henri II vient à Nantes en 1552, une députation de notables lui demande l'autorisation de créer une communauté de ville avec un maire et des échevins, comme à Angers et à Poitiers. Le roi promet mais ne tiendra pas sa promesse. François II en 1559 accordera aux Nantais le droit d’élire un maire tous les ans et d’élire dix échevins de trois ans en trois ans. Cette décision ne sera enregistrée au Parlement de Bretagne que cinq ans plus tard à cause de l'opposition des notables : le prévôt, l'université, le présidial, le procureur du roi, le gouverneur et le chapitre. En 1564, Charles IX fixera les attributions du maire de Nantes et le chancelier Michel de l'Hôspital choisira parmi les négociants nantais des juges pour constituer le premier Tribunal de Commerce.

Les bourgeois réunis au Couvent des Cordeliers portent à leur tête Geoffroy Drouet qui devient le premier maire de Nantes le 28 novembre 1564. Il entrera en fonction le 1er janvier 1565.

 

 

 

 

Rivalité entre Nantes et Rennes.

Le roi par un édit de 1553 crée un Parlement composé de deux chambres siégeant l'une à Rennes en août, septembre et octobre, l'autre à Nantes en février, mars et avril. Pour être sûr du dévouement du Parlement, les quatre présidents sont français ainsi que seize conseillers sur trente-deux. La langue française est substituée au latin dans la rédaction des actes judiciaires. L’établissement du Parlement dans les deux villes provoque le mécontentement de tous. Les Nantais demandent à leurs députés à Paris d'agir par des présents sur les personnages influents du Royaume. Les Rennais réagissent en intervenant auprès du duc d’Etampes, gouverneur de la Bretagne.

Le roi demande l’avis des Etats qui se prononcent pour l’établissement du Parlement à Rennes, mais Henri II, par la lettre du 25 juin 1557 accorde deux sessions à Nantes à condition que la ville s'engage à payer au Trésor Royal la somme de 10.000 livres et donne 5000 livres à Rennes à titre de compensation, la sentence n'étant pas définitive. Charles IX rétablit le 4 mars 1560 le Parlement à Rennes à condition que les Rennais rendent les deniers reçus en 1557. Les Rennais demandent en outre le transfert de la Chambre des Comptes à Rennes. En plus du conflit entre les deux villes, il existe un conflit avec l'autorité royale sur la manière d’établir les comptes. En 1552, Henri II avait prescrit de travailler à la manière des gens " des comptes de Paris. " Trois commissaires du roi viennent en 1556 à Nantes pour appliquer la réforme. Les magistrats bretons contestant l'autorité des commissaires du roi, celui-ci se fâche, répond en menaçant de grosses amendes les contrevenants et exige l’application immédiate du nouveau règlement

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