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10 – Les succès de Mercoeur.

 

La prise du château de Blain.

Le château de Blain appartenant à la famille de Rohan est aux mains des royalistes qui sont commandés par Legout. Celui-ci a construit de nouvelles fortifications ; il a l'habitude de faire de nombreuses courses jusqu'aux portes de Nantes où il fait des prisonniers. Il s'est rapidement enrichi de 100.000 écus parce qu’originaire du pays, il sait choisir ses proies. Il est détesté dans toute la région et Madame de Rohan n'est plus maîtresse chez elle. Elle veut négocier avec la duchesse de Mercoeur. Legout ne l'entend pas ainsi, il refuse toutes concessions. Novembre 1591, Mercoeur fait investir Blain avec l'aide des Espagnols. Douze pièces de canons sont amenés de Nantes. Madame de Rohan demande à Legout de ne pas s'opiniâtrer dans une défense inutile. Legout s'estime assez fort pour résister. Les canons tirent deux mille boulets et le 21 novembre, ils font une large brèche. Legout se réfugie dans la tour de l'Horloge et résiste. Les Espagnols mettent le feu au corps de logis, aux granges, et prennent un immense butin.

Mercoeur exprime son amertume à Philippe II sur la façon dont le pillage s'est effectué : "Tout s'était bien passé fort heureusement, dit-il, si l'envie du butin et du pillage n'eut engendré une grande contention entre les deux nations au préjudice de l'amitié et concorde que j'avais introduites et nourries entre elles, à cause que les Espagnols ne permirent aux Français de participer au butin, qui y était assez riche et usèrent de grande insolence envers eux. "

Les Etats de la la Ligue écrivent à Don Juan d'Aguila pour se plaindre de l'attitude des soldats espagnols : " Ils le supplient de retenir ses soldats en la discipline militaire et qu'il veille à ce que la province ne soit pas pillée et ravagée par la licence des soldats et qu'il lui plaise de faire défense aux soldats de ravager les maisons des catholiques, de molester les laboureurs, de prendre leurs chevaux et autres bêtes de labeur. "

Mercoeur échoue devant Malestroit et les ligueurs de Saint-Laurent qui s'étaient avancés jusqu'à Saint-Brieuc sont repoussés par Sourdéac. Dans cette bataille, les royalistes perdent la Hunaudaie. C'est lui qui avait conservé la ville de Rennes au roi après l'assassinat du duc de Guise. Le 16 janvier 1592, le corps de la Hunaudaie est transporté à Rennes où les hommages lui sont rendus par le Parlement de Bretagne au grand complet.

  Bataille de Craon.

Mai 1592, le roi Henri IV qui vient de perdre une bataille à Aumale, après un échec devant Rouen, pousse le prince de Conti à agir. Il lui ordonne de rassembler des troupes et de se joindre au princes de Dombes pour une action concertée en Bretagne. Les princes se rencontrant à Laval décident de faire le siège de Craon. Craon est une petite ville sur l'Oudon, appartenant à la famille de la Trimouille, elle a une bonne citadelle. L'armée du prince de Dombes comprend quelques régiments français, 1200 anglais, 800 lansquenets et une artillerie de 8 canons. Suivons le déroulement de la bataille de Craon dans la description qu'en fait Mercoeur dans une lettre à Philippe II : " Sire, la main puissante de Dieu et le bonheur que votre Majesté ayant arrêté le cours des hérésies qui allait perdre l'Europe, il se trouve que ce qui s'est passé depuis cinq jours est un grand avancement pour nettoyer le royaume. Le prince de Conti et le prince de Dombes entrèrent en conférence en la ville de Laval et résolurent d'attaquer la ville de Craon. Assemblant leur force qui était de 16.000 hommes (les chiffres donnés par Mercoeur sont totalement fantaisistes, les royalistes sont au plus 3500). Étant à Vannes, je fus averti de ce siège. J'en écris à Don Juan d'Aguila ma résolution de secourir la place et de combattre si l'occasion se présentait. " Mercoeur a été prévenue de l'intention des princes par un déserteur royaliste nommé la Courbe.

" Le 20 mai, poursuit-il, je vins camper sur une petite rivière à une demi-lieue de l'ennemi. Pour m'empêcher le passage, les ennemis engagent une escarmouche qui dura jusqu'à la nuit. Le lendemain, je fis passer la rivière à mon armée, l'avant-garde conduite par Don Juan d'Aguila engagea le combat qui resta incertain de cinq à six heures. J'ai aperçu qu'il voulait se retirer, je pris le temps de charger avec la cavalerie qui les mit en déroute. "

La défaite des troupes royalistes est totale, principalement causée par une mauvaise coordination dans le commandement. Delestelle, l'un des chefs royalistes, ayant proposé d'attaquer les ligueurs quand la moitié de l'armée avait passé l'Oudon, son conseil ne fut pas suivi. Puis Delestelle demandant qu'on soutint l'attaque avec vigueur jusqu'à la nuit, parce que disait-il : " La retraite devant l'ennemi est honteuse et décourageante pour le soldat et ne pouvait être qu'une désastreuse débandade. " Encore une fois, son avis fut rejeté. Les royalistes perdent un grand nombre de soldats et de capitaines expérimentés. Ils perdent toute leur artillerie, les fuyards sont massacrés par les paysans. Le 24 mai 1592, le prince de Conti se retire à Sablé, et le prince de Dombes à Vitré. Henri IV, apprenant la défaite de Craon, demande à Montmartin de rétablir la situation et nomme le maréchal d'Aumont pour remplacer le prince de Dombes. Le 20 juillet, Philippe II félicite Mercoeur pour sa victoire et lui dit sa satisfaction de l'aide que lui a apporté en cette circonstance Don Juan d’Aguila.

  Défaite des Anglais à Ambrières.

Les Anglais qui se sont retranchés dans Vitré veulent aller au devant de Norris qui a débarqué avec de nouvelles troupes en Normandie et malgré les avertissements de Montmartin, ils s'avançent jusqu'à Ambrières en Mayenne. Les ligueurs de Bois-Dauphin unis aux garnisons de Laval, Craon et Fougères les attaquent. Les deux tiers d'entre eux sont tués,le reste arrivant à rejoindre Norris. Cette défaite irritera beaucoup la reine Élisabeth qui n'a jamais perdu autant d'hommes dans une bataille, avec un commandant prisonnier et huit drapeaux perdus.

  Le maréchal d'Aumont en Bretagne.

À Rennes, la situation des royalistes n'est guère brillante. Le maréchal d'Aumont tarde à venir et le prince de Dombes qui est " moins touché du bien public que de ses plaisirs " s'amuse à Rennes. Le 28 décembre 1592, les Etats de Bretagne examine la demande du maréchal d'Aumont concernant le paiement d’un train d'artillerie de 5 canons et le financement d'une armée de 1500 hommes. Le peu de succès des armées du roi et le temps qu'il met à se convertir font des mécontents. Plusieurs envisagent de trahir. Ce sera le cas de Crapado dont la conspiration est découverte alors qu'il tentait de livrer la ville de Rennes au ligueurs. Le 4 février 1593, il est jugé et il a la tête tranchée le jour même. Cette mort cause quelques murmures contre le prince de Dombes. On dit qu'il a voulu régler quelques comptes avant son départ. Le roi approuve l'exécution, tout en regrettant la manière. Le 14 février 1593, le prince de Dombes quitte la Bretagne pour rejoindre le roi dont il doit épouser la soeur Catherine.

  Don Juan d'Aguila change d'objectif.

Après la bataille de Craon, les Ligueurs en position de force auraient pu s'emparer de Rennes et de toutes les villes royalistes de Bretagne. Mais Don Juan d'Aguila a d'autres objectifs, il se retire à Blavet avec ses troupes pour fortifier la place. Son premier souci n'est pas d'aider Mercoeur mais de s'installer durablement à Blavet, puis de prendre Brest. Le 6 novembre 1592, il écrit à Philippe II : " Il faut que votre Majesté s'empare du château de Brest ou alors que l'on construise deux forts à l'entrée de la rade.Cette place est bien pourvue de tout ce qui est nécessaire pour la sûreté des navires, on pourra construire un fort, y placer six canons pour répondre aux Anglais qui viendraient au secours des assiégés. Il faudra écrire au duc de Mercoeur pour empêcher le soupçon de naître dans les esprits du fait de la construction de ce fort. Il faudra lui dire que pour l'opération d'Angleterre, rien n'est possible sans la possession de Brest . "

Dans sa réponse, Philippe II donne son accord, prévient qu'un renfort de 2000 hommes est en route et demande de joindre cette troupe à celle qu'il a déjà. " Sans donner l'éveil à l'ennemi, avec toute la rapidité possible, je veux que vous vous empariez de Brest. Brochéro attaquant cette place par la mer, tandis que vous vous l'assiégerez par la terre. Si vous ne pouvez y entrer de force, vous le ferez au moyen de ce fort que vous avez projeté de construire pour l'obliger à se rendre. Et si Dieu m'accordant que vous vous empariez de cette place, vous n'y mettrez d'autres garnisons qu'espagnoles. "

  La méfiance de Mercoeur.

Un état de méfiance va s'installer entre Mercoeur et les Espagnols. Les objectifs de Philippe II apparaissent de plus en plus clairement : donner le duché de Bretagne à l'Infante Isabelle et s'emparer de la forteresse de Brest. Ceci contrarie les visées de Mercoeur. Philippe II prend des contacts directs avec ses lieutenants, avec Bois-Dauphin par exemple. Duplessis-Mornay qui est bien informé sur l'état d'esprit de Mercoeur écrit : " Monsieur de Mercoeur est en grand soupçon de l'Espagnol, lequel le presse de reconnaître l'Infante, lui envoie des troupes plus qu'il n'en veut, monopolise les villes sans qu'il ose y contredire. Don Juan d'Aguila ne pense qu'à la fortification de Blavet, où ils n'ont laissé aucun breton. Leur insolence lasse tout le monde. Monsieur de Mercoeur craint qu’ils n'aillent loger à Saint-Nazaire comme ils en ont le dessein. Le peuple est las de la guerre et il abhorre le nom de Mercoeur plus que jamais ". Correspondance - Duplessis-Mornay.

Janvier 1593, Mercoeur demande à Jacques le Bossu de se plaindre auprès de Philippe II " des rapports que les Espagnols établissent directement avec certaines villes, comme par exemple Saint-Malo, qu'ils sollicitent les autres villes et que les troupes espagnoles courent sur les troupes catholiques du parti de l'Union ".

Après le départ du prince de Dombes , les troupes royalistes sont sans chef. Mercoeur pense que le moment est venu de s'emparer de Rennes. Mal lui en prend, Henri IV demande à Saint Luc, lieutenant du maréchal d'Aumont, de se porter rapidement au secours de Rennes. Il retrouve les Anglais près de Laval et avec eux écrase les ligueurs, les Anglais qui se souviennent d'Ambrières ne font pas de quartier, les ligueurs vont perdre 300 hommes. Mercoeur s'installe à la Guerche qu'il fortifie et il utilise cette base pour ravager le pays au voisinage immédiat de Rennes. Saint-Luc et Montmartin vont l'en chasser.

  La trêve.

Le maréchal d'Aumont a rassemblé près de Sablé une armée pour venir en Bretagne. Une trêve est signée entre Henri IV et le duc de Mayenne. Celui-ci demande à Mercoeur de la respecter et de la faire publier en Bretagne. Mercoeur vient s'installer à Fontenay, à une lieue de Rennes. Montmartin et Saint-Luc arrivent à marche forcée de Sablé avec de nouvelles troupes, ils passent la Mayenne à gué et sont à Rennes le 17 juin. Mercoeur surpris, ratifie la trêve et se retire à Lamballe. Pour ne pas donner suite aux demandes de Philippe II concernant les droits de l'Infante sur le duché de Bretagne, Mercoeur souhaite la médiation du pape. Pour appuyer sa demande, il choisit un nouveau messager, Jacques Le Bossu, qui va passer plusieurs mois à Rome. Il veut également solliciter le pape de pourvoir à tous les postes ecclésiastiques, évêchés et abbayes de la province.

  États généraux de la Ligue et conversion du roi.

Au début de l'année 1593, s'ouvrent à Paris les Etats généraux de la Ligue. Le Duc de Féria représente le roi d'Espagne. Au centre de la pièce, le trône vacant, à gauche l'ambassadeur d'Espagne, à droite le cardinal de Pellevé représentant le pape. Le légat insiste pour qu’un roi catholique soit élu. Mercoeur ne met aucun empressement à envoyer des députés bretons aux Etats de Paris et les chanoines du chapitre de Nantes le soutiennent dans cette attitude qu'il conservera malgré un bref du pape et l'insistance du légat. Le 18 mai 1593, les royalistes interceptent un courrier destiné à Mercoeur. Duplessis-Mornay le décode et en informe le roi: " Le roi d’Espagne, est-il dit dans cette lettre, offre d’entretenir vingt mille hommes soit 4000 cavaliers et 16.000 hommes de pied qui seront prêts à se mettre en campagne dans 3 mois. Il propose le paiement de 100.000 écus par mois, à continuer pendant un an et 50.000 écus encore pendant un an. Il désire en échange que l’Infante soit reconnue comme duchesse de Bretagne. " D'autre part écrit Duplessis-Mornay: " Mercoeur a reçu un rafraîchissement de 2000 hommes et je crains un nouveau Craon, auquel cas le pays est perdu. "

Ses amis pressent le Roi de se convertir. Roquelaure lui dit : " On lui propose d’un côté la couronne de France, de l'autre une paire de psaumes, lequel doit-il choisir. " Le maréchal d’O est encore plus direct : " Sire lui dit-il, il ne faut plus tortignonner, avisez à choisir ou de complaire à nos prophètes de Gascogne et retourner courir le guilledou en nous faisant jouer à sauve-qui-peut ou à vaincre la Ligue qu'il ne craint moins que votre conversion, gagnant plus en une heure de messe que vous ne feriez en vingt batailles et en vingt ans de périls et de labeurs. "

Cette fois Henri IV se laisse convaincre, il abjure solennellement le 25 juillet 1593 à Saint-Denis. Mercoeur fait dire par ces prédicateurs en chaire que cette abjuration n'est qu'une simulation. Une trêve générale est signée à Suresnes le 31 juillet. Les officiers des deux camps rentrent chez eux. Les Espagnols qui ne veulent pas respecter la trêve vont faire quelques prisonniers et Mercoeur doit intervenir auprès de Don Juan d’Aguila pour les faire libérer.

  Assemblées politiques des protestants.

Après le traumatisme pour les protestants de la conversion du roi, ceux-ci tiennent leur première assemblée politique à Nantes, ce sera la première de leur histoire, et ils rédigent un cahier de doléances. Le roi répond par une vague promesse. L’année suivante à Sainte-Foix, ils demandent avec insistance un nouvel édit, ils ne peuvent se contenter de l’édit de Poitiers. En 1595, à la nouvelle assemblée de Saumur, le dialogue reprend avec le roi par l’intermédiaire de Duplessis-Mornay mais ce n’est qu’à partir de 1596 qu’une assemblée politique permanente sera en mesure de négocier véritablement, avec les représentants du roi, les termes de ce qui deviendra l’édit de Nantes.

 

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