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11 – Les pillards..

Fontenelle.

Guy Eder de Beaumanoir qui se fait appeler baron de Fontenelle est né au château de Longle près de Guenrouet. Il a fait ses études au collège de Boncour à Paris, et en 1589 il quitte le collège pour s'engager dans l'armée du duc de Mayenne. Le chanoine Moreau qui l'a bien connu au collège dit de lui : " qu'il est d'humeur batailleuse, toujours aux prises avec ses camarades. " Il quitte l'armée, est dévalisé par des routiers et prend le chemin de la Bretagne. Il constitue une petite bande dont il se fait nommer capitaine. Il a alors 16 ans. Son principal lieutenant est un cordonnier nommé Boulle, homme d'une force extraordinaire. Il commence ses pillages dans les environs de Saint-Brieuc puis de Tréguier, veut s'attaquer à Guingamp où il échoue, il s'empare du château de Coatfrec près de Lannion, s’y installe avec ses hommes et de là, mène ses courses jusqu'au Léon. La garnison de Tréguier va l'obliger à quitter Coatfrec. Il se rend alors avec ses hommes à Carhaix, pille Chateauneuf-du-Faou. Les habitants viennent se plaindre à Mercoeur qui le convoque aux Etats de la Ligue à Vannes. Il est mis en prison et il est question de le passer par les armes. Des chefs ligueurs et surtout son frère interviennent en sa faveur. Il est libéré à condition d'aider la Ligue dans son combat contre les royalistes. Fontenelle n'a que faire des guerres de religion, il revient à Carhaix pour reprendre ses méfaits avec ses amis. Juin 1593, il s'empare du château du Granec près de Landeleau. C'est un château assez ordinaire, flanqué de quatre tourelles, qui appartient à un ligueur Pratmaria et dans lequel celui-ci entretient une garde particulière d'une vingtaine d'hommes. Comme il ne se sent pas assez fort pour entreprendre un siège, il va utiliser une ruse. Il sait que Pratmaria est un grand ami de François de Carné, sieur de Rosampoul. Fontenelle constitue une petite escouade qui se présente au château, avec un message venant, disent-ils de François de Carné. Pratmaria crédule fait abaisser le pont-levis. Les hommes de Fontenelle rentrent dans le château, Pratmaria les invite à sa table. Quand ils s'aperçoivent que la garnison est désarmée, ils se précipitent sur elle, la faisant prisonnière et l'enferment dans la tour. Le lendemain, Fontenelle arrive avec le reste de sa troupe.. Pratmaria est jeté hors du château avec sa femme. A partir du Granec, Fontenelle organise ses courses dans toute la région. Les paysans lassés de ses pillages viennent mettre le siège au Granec. Fontenelle les prend à revers, ils laissent 800 hommes sur le terrain. La cruauté de Fontenelle est telle que : " il ne permit pas que les parents des décédés vinssent quérir leurs corps et il les faisait garder de nuit pour empêcher de leur rendre les derniers devoirs. Comme on lui demandait comment il pouvait supporter la puanteur de ses corps morts, Fontenelle répondit que l'odeur des ennemis morts est suave et douce. " Chanoine Moreau Histoire de la Cornouaille. Les malheureux furent mangés par les chiens et par les loups. Fontenelle fait fortifier le Granec puis il installe des garnisons à Carhaix et à Créménec près du Faouet. Il tient tout l'évêché sous sa sujétion allant d'une garnison à l'autre, pillant jusqu'aux portes de Quimper, de Morlaix et de Vannes. Il va même dans Léon jusqu'à Roscoff. Pour l'empêcher de revenir en Cornouaille, Quelennec fait garder tous les ponts et tous les gués. Cette précaution épargnera Quimper et sa région pour un temps. Mais la crédulité des habitants va les mettre à la merci d'un autre pillard, Anne de Sanzay.

Anne de Sanzay dit la Magnanne.

Il est installé au château de Bourouguel près de Morlaix. Il choisit le parti de la Ligue après bien des hésitations. " Un bon voleur tant sur mer que sur terre. " dit de lui le chanoine Moreau. Avec ses hommes il fait une descente en Cornouaille, en novembre 1593 et s'empare de la ville du Faou qu'il pille. " Les gens de guerre y firent tellement de ruines et de désolation qu'en dix jours, ils firent près de 3000 morts tant gens d'église que marchands et paysans de sorte que le pays a été après presque désert. " Ducrest de Villeneuve. Archives de Bretagne.

Voulant passer la rivière de l'Aulne, il est arrêté sur un pont par les gardes que Quélénnec y a placés. Il écrit à l'évêque de Quimper pour demander le passage, prétextant qu'il veut se rendre dans une propriété appartenant à sa femme. Quélénnec le laisse passer. Le chanoine Moreau dit lui-même au sénéchal : " Vous avez ouvert une porte que vous ne fermerez jamais. Nous avons ouï jusqu'à présent parler de la guerre mais de ce jour, vous nous l'avez jetée dans les bras. "

Anne de Sanzay parcoure les bourgs de Locronan, Plomodiern, Plonévez recommandant à ses hommes de ne toucher à rien, les paysans mis en confiance ne se cachent plus. Quelques jours plus tard, il revient effectuant un pillage en règle de la région. Convoqué par Mercoeur, il sort de Cornouaille : " chargé de dépouilles et se moquant de la crédulité de ceux qui l'avaient reçu. " Il revient dans le Trégor, s'installe avec femme et enfants dans l'abbaye de Lantenac, " menant joyeuse vie ", l'église servant d'écurie et le réfectoire de salle d'armes.

Mercoeur dupé par les Espagnols.

Fin 1593, Mercoeur est avisé que des navires espagnols sont au large de Belle-Ile, il demande à Don Juan d'Aguila de ne pas débarquer ses troupes. Ceci pourrait être interprété comme une rupture de la trêve. N'étant pas entendu du général espagnol, il s'adresse à Ledesma, le représentant de Philippe II à Nantes. Celui-ci écrit : " Le duc est venu vers moi avec un peu de colère française, me disant que le renfort est venu sans avis. Il demande de faire débarquer ces hommes à Bordeaux. " Les Espagnols qui n'ont que faire de l'opinion de Mercoeur, débarquent le renfort à Blavet, puis se dirigent sur Pontivy. Ledesma informe son maître que des négociations s'ouvre entre Mercoeur et le roi Henri IV. " Le béarnais, écrit-il, lui a envoyé un gentilhomme et Mercoeur lui a dit que lui et sa femme ne seront jamais espagnols et lui a fait part de son grand désir de paix. "

Début 1594, nouvelle protestation de Mercoeur auprès de Philippe II.

" Sont arrivés à Blavet, 2000 espagnols lesquels je ne pouvais penser être destiné au secours de ce pays, vu que sa Majesté ne m'avait mandé aucune chose . Les ennemis sont entrés en soupcon et en défiance que ce fut une infraction à la trêve et les amis en crainte que ce sujet fut pris par l'ennemi pour jeter de nouvelles forces en cette province. Sire, je vous supplie de trouver bon que lorsqu'il vous plaira d'envoyer de nouvelles troupes en ce pays, je ne sois point tant méprisé que je n'en sois averti. C'est quelque chose qui est accoutumé à l'endroit de ceux qui ont les charges et gouvernements. "

Les Espagnols sont maintenant 6000 en Bretagne. Ce que Mercoeur ne comprend pas, c'est que Philippe II a d’autres objectifs en Bretagne. Le capitaine Minucci venu enquêter fait son rapport le 30 mai 1594. Il constate que la situation n'est pas bonne, analyse les causes du conflit avec Mercoeur, parle du dernier secours arrivé et des personnes du parti contraire saisi par Don Juan d’Aguila pendant la trêve. Dans sa conclusion, il propose :

- D'envoyer six galères pour réduire la province à l’obéissance en tenant le trafic de mer.

- D'envoyer 600 chevaux pour assister l'infanterie.

Philippe II fait déclarer l’Infante d’Espagne, sa fille, duchesse de Bretagne et demande de faire traiter toutes les affaires administratives sous son nom par les officiers espagnols. Mercoeur n'a plus que la ressource de se plaindre de l'attitude des soldats : " Le seul moyen de continuer la guerre est que les soldats soient payés et ramenés à leur devoir et discipline. Car la licence est si grande qu'ils ont ravagé sans distinguer les amis des ennemis. "

Demande des Etats de Bretagne à Élisabeth d'Angleterre.

Les Etats de Bretagne sollicitent un secours supplémentaire auprès de la reine Élisabeth. Henri IV donne son accord et appuie la demande. La réponse d'Élisabeth ne se fait pas attendre, elle se dit prête à fournir un renfort mais elle veut un autre port que Paimpol dont elle trouve le port trop étroit, elle voudrait que les Anglais puissent s'installer à Morlaix. Norris reçoit des instructions codées. On lui demande de s'emparer de Tumpington ou de Irlington ( Brest ou Morlaix). Depuis l'abjuration du roi, plusieurs villes commencent à se soumettre. A Concarneau, Lézonnet fait sa soumission, c'est une ville importante pour les royalistes, elle est bien protégée et menace directement les Espagnols de Blavet.

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Construction du fort de Roscanvel.

Comme le demandait Philippe II, Don Juan d'Aguila entreprend la construction d'un fort sur la presqu'île de Crozon en face du port de Brest. Il choisit un rocher qui s'avance dans la mer à Roscanvel. Douze navires débarquent les ouvriers et les matériaux. Ils travaillent beaucoup, mais la construction avance lentement parce que le terrain n'est pas favorable, ils ont de grandes difficultés à asseoir les fondations sur le rocher, et il faut faire venir tous les matériaux d'Espagne. Ils ne peuvent pas employer les paysans de la région, suivant en cela les ordres de Philippe II qui ne veut pas que des gens du pays pénètrent dans le fort en construction. Après quatre mois d'effort, la garnison s'installe. Elle est composée de 400 hommes aguerris, venant de l'armée des Flandres, commandée par le capitaine Praxède. Pour se faire bien voir de la population, il laisse les paysans venir vendre leurs produits à l'entrée du fort. Mercoeur proteste contre la construction du fort : " Je puis vous assurer, écrit-il à Don Juan d'Aguila que toute la province s'en émeut. " Les Etats de la Ligue font part de leur inquiétude : " La construction du fort de Roscanvel donne défiance et jalousie à ceux du pays." Enfin Mercoeur écrit à Philippe II : " Don Juan d'Aguila ayant entrepris de dresser un fort en Basse-Bretagne, sans me communiquer aucune chose de son dessein, il m'a fait dire que l'intention de votre Majesté était qu'on employât les dites forces à la fabrique de ce fort. J'aurai argument de me mécontenter si je pensais que tel mépris procédait du consentement de votre Majesté. "

Les Espagnols ont maintenant quarante-cinq compagnies en Bretagne dont trois à Blavet et trois à Roscanvel. Les agents espagnols s'efforcent d'attirer à eux les personnalités favorables à l'Espagne. Ledesma en contact avec Gabriel de Goulaine parle à son maître : " du zèle que Monsieur de Goulaine a toujours montré pour l'Espagne et il dit l'importance qu'il y aurait à se l'attacher. C'est un homme qui a grand crédit en Basse-Bretagne. "

Septembre 1594, G. de Goulaine écrit lui-même à Philippe II, il propose de réunir 1200 hommes de pied français, pour servir les forces de sa Majesté. Mercoeur lui ayant donné la place de Quimper, il n'a pas pu en prendre possession, il demande à Don Juan d'Aguila de lui prêter assistance pour qu'il tienne cette ville en la forme que sa Majesté voudra et termine en disant qu'il désire savoir si sa Majesté lui donne les moyens d'agir ou si elle le libère de ses engagements.

Négociations entre Mercoeur et Henri IV.

Mercoeur engage les négociations avec Henri IV par l'intermédiaire de Duplessis-Mornay. Celui-ci, protestant convaincu, est un ami de longue date du roi. Une première tentative éventée par le prédicateur Jacques le Bossu avait échoué. Cette fois, Duplessis-Mornay fait intervenir la Reine Louise, veuve de Henri III et qui est la propre soeur de Mercoeur. Elle accepte de prendre part à ces négociations qui vont se dérouler au château d'Ancenis.

Les protestants et le Roi.

Les protestants depuis l'abjuration du Roi sont impatients. Il faut tout le talent de Duplessis-Mornay pour calmer leurs ardeurs. " Il n'y eut personne qui travailla autant que lui à faire prendre patience aux réformés pendant quatre ans de négociations, où leur fidélité fut mise à de cruelles épreuves par les duretés, les longueurs, les artifices de la Cour avant qu'on leur accordât des conditions tolérables. " Benoît Elie. Histoire de l'édit de Nantes. Duplessis-Mornay tient à sa religion et est des plus zèlés pour son établissement, d’où son surnom de  pape des huguenots. Il est d'une probité reconnue, le roi écoute ses avis et ne s'offusque pas quand les protestants réunissent un synode national à Sainte-Foix en 1594. À l'ouverture du synode, des prières publiques sont dites pour la prospérité du roi. Des divergences de vues apparaissent entre les délégués de l’Ile de France et ceux des provinces méridionales, plus indépendantes du roi. Il est décidé la création d'un conseil général et un règlement est établi. Les délégués décident de ne plus se référer à leurs protecteurs extérieurs. Le conseil général doit établir la base de négociations pour obtenir un nouvel édit. Le règlement adopte que les députés seront pris dans les corps de la noblesse, des pasteurs et du tiers état. Mais les ministres auront une représentation moindre, quatre membres du tiers état et seulement deux ministres. Les régions seront réduites à 10 et les conseils seront renouvelés tous les ans. On prend des mesures pour conserver les places de sûreté et on ordonne de n'y recevoir que des soldats dont la religion est attestée par plusieurs témoignages. Une série d'articles secrets est rédigée :

- pour l'administration de la justice, il sera demandé des chambres mi-parties dans tous les parlements et on prend la résolution sinon de récuser les parlements et juges du royaume.

- on exhorte les grands à la piété et à l'union.

- on se promet de désavouer ce qu'une province pourrait décider sans prendre l'avis des autres.

- on accepte que l'exercice de la religion réformée cesse dans les lieux où elle a été mise par surprise. Et on promet de rétablir la messe dans les lieux où elle était avant la dernière guerre.

L'Assemblée décide de la tenue d'une prochaine réunion à Saumur. Les réformés savent que dans ses pourparlers avec Mercoeur, le roi propose d'exclure la religion réformée de Bretagne, Mercoeur plus exigeant demande qu'elle soit aussi interdite en Normandie, Anjou, Touraine et Poitou et les Réformés craignent que le roi ne cède pour ramener Mercoeur à l'obéissance.

Le maréchal d'Aumont en Basse-Bretagne.

Le maréchal d'Aumont, appelé par Sourdéac, le gouverneur de Brest, voulant profiter des bonnes dispositions de la population s'avance en Basse-Bretagne en juillet 1594. Il va d'abord s'en prendre à deux bandits qui ravagent les régions de Guingamp et Carhaix. Le premier, le capitaine Lacroix accepte de se soumettre au roi. Le second, un lieutenant de Fontenelle, nommé Laplante occupe un moulin près de Carhaix. Kergomar s'empare du moulin avec cinquante dragons et passe au fil de l'épée toute la bande qui occupait cette caverne de voleurs. Le maréchal d'Aumont établit son camp près de Lanmeur. Les bourgeois de Morlaix, en assemblée à l'hôtel de ville sont en discussion avec le représentant de Mercoeur. Celui-ci va faire preuve d’arrogance, menaçant de faire pendre le sénéchal. Les bourgeois décident alors de faire leur soumission au roi, et une délégation vient à Lanmeur au camp du maréchal d'Aumont. François de Carné qui commande la ville, n'accepte pas la reddition, il s'enferme dans le château avec quelques soldats, bientôt rejoint par Anne de Sanzay et ses hommes.. Il oppose une vigoureuse résistance à la batterie établie par les royalistes à la tour saint Mathieu. Mercoeur décide de lui venir en aide. Il réussit à convaincre les Espagnols et les troupes francaises et espagnoles sont rassemblées à Carhaix ; elles passent les Monts d'Arrée et viennent s'établir à l'abbaye du Relecq. Les deux armées comptent près de 7000 hommes, 5000 espagnols et l'infanterie française et elles possèdent 4 canons. Le maréchal d'Aumont n'a à Morlaix que 2000 Français, 700 Anglais et 300 chevaux. Un renfort anglais, sous les ordres du général Norris, doit arriver d'Angleterre. L'armée franco-espagnole à l'avantage du nombre mais la suspicion règne entre ses chefs.

Don Juan d'Aguila refuse de combattre.

" On délibéra si on risquerait la bataille et les avis s'étant trouvé partagés, les défiances se réveillèrent entre les deux généraux à cause des prétentions que le duc et les Espagnols avaient sur la province ".De Thou. Mémoires.

Quand Mercoeur propose au général espagnol de livrer combat :

- De quelle façon ? demande d'Aguila

- Vous n'aurez qu'à nous suivre, déclare Mercoeur, nous donneront tête baissée avec 300 gentilhommes.

- Mes gens ne vont point tête baissée, répond d'Aguila mais piano piano.

Don Juan d'Aguila contre l'avis de tous les capitaines tant espagnols que français refuse de combattre. Est-ce parce que Mercoeur ne veut pas que la ville soit pillée ou pense-il que Mercoeur se prépare à le trahir ? Dès qu'il apprend l'arrivée du renfort de Norris avec 1800 hommes, il décide de se retirer et retourne à Quimperlé. Mercoeur n'ayant plus les forces suffisantes, se retire lui aussi. La garnison de Morlaix va encore tenir cinq semaines avant de se rendre au maréchal d'Aumont le 21 septembre 1594. Les trois chefs ligueurs François de Carné, Anne de Sanzay et Rostin sont faits prisonniers. François de Carné devra s'acquitter d'une forte rançon, Anne de Sanzay sera libéré en juillet 1595 après avoir payé 1500 écus. Coatnizan est nommé gouverneur de Morlaix, la ville conserve les privilèges attachés au château du Taureau. Le fort du Taureau doit être manié suivant les anciens usages et privilèges de la ville dit l'acte de reddition. Les Anglais réclament Morlaix, les habitants refusent, disant que c'est contraire à l'acte de reddition et le maréchal d'Aumont leur donne raison malgré la promesse de Henri IV à la reine Élisabeth. Celle-ci furieuse réclame le rappel du maréchal. Octobre 1594, Saint-Malo fait sa soumission à des conditions très avantageuses pour elle.

Règlement de comptes.

Mercoeur sur la route de Quimper, s'arrête au château du Granec qui est tenu par un capitaine de Fontenelle. Pour entrer dans la place, il va utiliser un stratagème souvent employé par Fontenelle. Il désire, dit-il, s'entretenir de la meilleure façon d'affronter le maréchal d'Aumont. Le capitaine fait abaisser le pont-levis. Les hommes de Mercoeur pénètrent dans le château, font prisonniers les soixante hommes de la garnison et Mercoeur qui veut punir Fontenelle de ses méfaits, met le feu au château.

L'affaire du Relecq va laisser des traces. Mercoeur écrit à Philippe II pour exprimer sa colère : " Il se retira, dit-il, à l'instant qu'on était près de l'emporter, laissant le reste en danger d'une totale ruine, si Dieu ne m'eût donné son aide, de quoi il s'en suivit un dégoût et un grand scandale. " Il s'est rendu odieux, dit Mercoeur à Ledesma en parlant de Don Juan d’Aguila, scandalisant ceux du sa partie et spécialement les nobles du pays. Et il demande le commandement de toutes les troupes tant françaises qu'espagnoles. D'Aguila pour se disculper, met en avant le fait que Mercoeur s'apprêtait à l'engager pour le livrer aux mains des Anglais et lui faire perdre son fort. Philippe II qui soutient son général demande à Ledesma de calmer Mercoeur en lui offrant : " Sous la suzerainté de l'Infante, le comté de Nantes et la ville de Dinan. "

 

 

Mercoeur à Quimper.

Lézonnet, le gouverneur de Concarneau, qui vient de faire allégeance au roi veut donner la preuve de sa fidélité en s'emparant pour le compte du roi de la ville de Quimper. Il connaît beaucoup d'habitants dans la ville et gagne à sa cause le sénéchal Le Baud. Son objectif est de s'emparer de la tour Bihan. Son projet est éventé et il échoue. Le 5 septembre 1594, il tente de passer en force, s'empare du faubourg avec 1000 hommes, passe le pont de Locmaria, mais il se heurte aux renforts venus d'Hennebont sous les ordres de Quinipily. Le combat sera très violent, Lézonnet est blessé à la gorge et doit se retirer. Mercoeur retrouve ses principaux lieutenants à Quimper. Il est logé à l'évêché et reçu avec tous les honneurs par les habitants de la ville. On lui parle de l'attaque et de la blessure de Lézonnet. " C'eut été dommage dit Mercoeur qu'un si méchant homme fût mort d'une si belle mort. Sa fortune l'appelle sur un échafaud pour y mourir de la main d'un bourreau. "

A Talhouet qui lui demande :

- Seigneur, nous vous voyons plus triste que de coutume, mes compagnons et moi en sommes marris.

- Que diriez vous, répond le duc, de cet espagnol qui n'a pas voulu donner et qui nous a fait perdre une si belle occasion.

- Monseigneur, acceptez les offres que vous fait le roi de quitter l'étranger. A quoi le duc de Mercoeur ne répond pas. Le chanoine Moreau qui assistait à cette scène en tant que représentant du clergé ajoute : " S'il eût voulu entendre, la guerre était finie en Bretagne et le bas-pays eut évité les ruines qu'il encourut. Car il ne fut pas plutôt retiré de cette ville que le pays fut suivi d'un déluge de misère. "

Quimper aux mains des royalistes.

Lézonnet qui a échoué devant Quimper fait appel au maréchal d'Aumont. Il lui vante l'importance stratégique de Quimper : " Un bon port de mer, un siège épiscopal, une ville bien murée et forte." Et il ajoute que les partisans du roi y sont nombreux, que Mercoeur n'y a laissé qu'une faible garnison d'une centaine d'hommes et que la défense de la ville n'est assurée que par les habitants. Le 9 octobre, le maréchal d'Aumont est aux portes de la ville. Il s'empare le jour même des faubourgs et le lendemain fait tirer au canon sur la ville. Il demande que la ville constitue une délégation pour discuter des conditions de la capitulation. Il promet de conserver les privilèges de la ville, de ne laisser aucune garnison et de ne lever aucun denier. Une partie de la population souhaite se rendre. Les ecclésiastiques réunis à Saint-Corentin veulent défendre la place jusqu'à l'arrivée de Mercoeur que l'on a fait prévenir. Mercoeur demande à Talhouet de se rendre auprès du maréchal pour négocier une trêve. Celui-ci le fait arrêter. L'opiniâtreté des ligueurs étant de plus en plus forte, les partisans du roi tiennent une réunion secrète avec le gouverneur de la ville. Ils décident d'accepter les conditions du maréchal d'Aumont et le 12 octobre malgré l'opposition des ligueurs, les portes sont ouvertes, le maréchal d'Aumont fait une levée de deniers de 10.000 écus, payables en huit jours. La population est obligée de prêter serment. Le chanoine de Saint-Corentin : " fut saisi d'un tel crêve-coeur qu'étant sur l'heure même pris de fièvre, il en mourut de déplaisir. " Chanoine Moreau. Histoire de la Cornouaille.

Mercoeur crie son indignation au maréchal pour l'arrestation de Talhouet. Les Anglais qui n'avaient accepté de participer au siège que pour piller la ville en sont empêchés par le maréchal d'Aumont qui les tient hors la ville.

" Le roi n'a que faire de villes désertes, dit-il et son intention est de conserver ses sujets et non de les détruire. " Il profite de la trêve pour faire reposer ses troupes avant de s'attaquer au fort de Roscanvel.

La prise du fort de Roscanvel.

Sourdéac presse le maréchal d'Aumont d'agir parce que les Espagnols continuent d'élargir le fossé devant le fort et élèvent en avant de celui-ci, deux petits bastions. Le 2 novembre, les royalistes viennent mettre le siège à Roscanvel. Le maréchal d'Aumont fait placer ses canons et ses douze pièces d'artillerie font un feu terrible qui ouvre une brèche dans le fort. Un premier assaut est lancé qui échoue, les Espagnols réparent rapidement la brèche. Par la mer, le fort est attaqué par des navires français, anglais et flamands. La pluie rend les combats difficiles, durant six semaines, il ne va pas cesser de pleuvoir. " Les soldats sont logés dans des tranchées où ils ont de l'eau jusqu'aux genoux " Chanoine Moreau.

Les navires aussi sont gênés par un fort vent d'ouest. Les Espagnols tentent des sorties dont une très meurtrière au cours de laquelle Liscouet est tué d'un coup de pique. Il sera très regretté de ses hommes. Don Juan d'Aguila quitte Blavet pour venir au secours de la garnison de Roscanvel. Pour aller plus vite, il laisse ses canons à Corlay et demande l'aide de Mercoeur. Celui-ci n'a pas oublié la mésaventure de Morlaix et il est assez heureux des déboires des Espagnols. Montbarrot est chargé par le maréchal d'Aumont de barrer la route à Don Juan d'Aguila qui vient d'arriver à Locronan. Il le bloque à Plomodiern. Le 15 novembre, le maréchal d'Aumont va lancer l'assaut final. Toute la nuit, il fait donner le canon. Le capitaine Praxède, commandant le fort, est tué. Les assauts sont repoussés pendant plusieurs heures. Au quatrième assaut, on fait donner le régiment des Gascons commandés par Romégou. Celui-ci monte sur la brèche, est tué sur le coup, mais ces hommes pénètrent dans le fort et à leur suite, les soldats français et anglais investissent la place. Les Espagnols qui tombent aux mains des Français sont faits prisonniers, les Anglais qui se souviennent d'Ambrières ne font aucun prisonnier et exécutent même les prisonniers faits par les Français. Le 17 novembre 1594, le fort est pris, il ne reste que treize survivants qui sont renvoyées par le maréchal d'Aumont à Don Juan d'Aguila.

"  D'où venez-vous, leur demande Don Juan d'Aguila.

- Nous venons de parmi les morts, répondent-ils.

- Je ne vous y avais mis que pour mourir, réplique d'Aguila . "

Et on dit qui s'en fallut de peu qu'il les fit pendre.

Le maréchal d'Aumont fait immédiatement raser le fort. Les paysans, tenus éloignés pendant la construction, s'empressent de participer à la démolition, ne serait-ce que pour récupérer les matériaux qu'ils prennent gratuitement. Le maréchal d'Aumont fait transporter à Brest les corps de Romégou et de Praxède et " ils sont inhumés en même sépulture et avec une pompe qu'on a coutume de faire en guerre à des gens de tels mérites . "

De Thou. Mémoires.

Ledesma confirme dans sa lettre à Philippe II :

"  Tous ceux qui étaient dans le fort ont été exterminés, excepté treize. Le maréchal d'Aumont a fait embaumer Praxède avec beaucoup d'honneur . "

Les Anglais qui ont pris une part importante à la victoire réclame la ville de Brest. Élisabeth d'Angleterre l’écrit à Sourdéac. Celui-ci refuse et dit qu’il ne restera pas une minute de plus, si elle est aux mains de l'étranger et qu’il aime mieux mourir sur la brèche que manquer à ses devoirs .  Les Anglais insistent, se font plus pressants. Le roi hésite, dans les dernières négociations avec l'Angleterre, il s'est tenu à l'écart, laissant les Etats de Bretagne négocier directement avec Élisabeth. "  Ce serait trop préjudiciable à notre honneur et réputation de leur manquer en quoi que ce soit . "

Il fait attendre sa réponse. Sur le terrain, Sourdéac et le maréchal d'Aumont restent ferme. Les troupes se retirent pour se reposer à Quimper. Une épidémie va décimer les armées françaises et anglaises, sans doute une épidémie de peste qui va durer jusqu'au printemps 1595. Après l'épidémie, les Anglais ne sont plus en état de réclamer quoi que ce soit et au milieu de l'année 1595, ils se retirent de Bretagne.

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