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12 – Le roi et les huguenots.

 

Reprise des négociations.

Mercoeur reprend les pourparlers avec le roi. En fait il maintient trois négociations simultanées, une avec le roi, une avec le pape à Rome et la troisième avec Philippe II par l'intermédiaire de son représentant à Nantes, Ledesma. Dans son rapport à Philippe II, Ledesma n'est pas dupe. Il écrit à propos de Mercoeur : "  Il aime à traiter avec des artifices de manière à conserver une porte ouverte pour se dégager de ce qu’il promet. Il donne à entendre qu'il est faible de mémoire mais cela lui sert pour oublier ce qu'il offre et non ce qui est à son profit . Il prête l'oreille à tous et la moindre chose faite à impression sur lui . "

Mercoeur utilise la négociation avec Henri IV comme épouvantail à l'adresse des Espagnols et au moment même où son délégué Jean Vallet rencontre le roi à Paris, le 20 novembre 1594, Mercoeur signe avec Ledesma un traité concernant l'entretien de 3000 soldats français avec 500 chevaux et l'octroi d'un secours supplémentaire de 3000 espagnols.

Le 12 décembre, s'ouvre la nouvelle conférence d'Ancenis. Autour de la reine Louise, se trouve Duplessis-Mornay, Philippe du Bec qui représentent les royalistes et Tornaboni, la Ragotière, l'évêque de Saint-Malo et Delaunay président du Parlement de la Ligue qui représentent le duc. Sur les prétentions de Mercoeur concernant la religion, la délégation royale répond qu'on s'en tient à l'édit de 1577, qui est le moins avantageux pour les huguenots. Le roi n'espère rien de cette négociation. "  Monsieur de Mercoeur est le lieutenant du roi d'Espagne en Bretagne. Il tient la conférence d'Ancenis en attendant 4000 espagnols qui doivent arriver au premier vent. Rien ne le fâche plus que quand on veut le traiter à la manière des autres, étant tout autre chose qu'eux . "

La volonté de Mercoeur n'étant pas d'aboutir à la paix, les négociations échouent, on se promet de se retrouver le 15 janvier 1595. On s'est quitté sur une proposition d'Henri IV de retirer de Bretagne les troupes anglaises si Mercoeur s'engage à faire sortir les Espagnols, le roi sait très bien que Mercoeur n'a aucun pouvoir sur les Espagnols. Ceux-ci sont d'ailleurs informés de tout ce qui se passe à Ancenis, une partie de la délégation étant à la solde de Philippe II.

Le 17 janvier 1595 Henri IV déclare la guerre en Espagne.

Relations entre le roi et les huguenots.

Elles ne sont pas au beau fixe, le prince de Condé est l'héritier présomptif, puisque Henri IV n'a pas d'enfant de son mariage avec Marguerite de Valois. Henri IV veut qu'il soit élevé dans la religion catholique. Les huguenots en prennent ombrage. L'assemblée des protestants qui devait se tenir à Saumur en décembre 1594, s'ouvre le 24 février 1595, sans l'accord du roi qui n'apprécie pas et le fait savoir à Duplessis-Mornay, qui tente de le calmer. L'assemblée s'étonne que le roi donne de grandes récompenses aux rebelles pour "  les remettre dans le devoir . " Elle demande un édit nouveau :

- qui leur donnerait l'entière liberté d'exercer publiquement leur religion dans tout le royaume.

- qui assurerait aux réformés la possession de leurs biens.

- qui leur donnerait des juges réformés en nombre égal à celui des catholiques.

- qui leur laisserait pour leur sûreté, les villes qu'ils ont entre les mains, les gages des garnison étant payés par le roi.

Duplessis-Mornay conseille au roi d'envoyer quelqu'un auprès de l'assemblée pour recueillir les doléances des huguenots. "  Sire, j'ai averti votre Majesté de ce qui se passe à l'assemblée des églises et n'y puis qu'ajouter que les résolutions s'y raidissent de jour en jour . " Les huguenots sont eux-même informés de ce qui se passe à Ancenis concernant la religion. Le roi continue à faire la sourde oreille.

Fontenelle chassé de Corlay.

Le maréchal d'Aumont a laissé ses troupes se reposer à Quimper pendant l'hiver. On lui saura gré de la discipline qu'il a maintenue parmi ces hommes et le chanoine Moreau écrit que "  Le maréchal est louable en ce qu'il n'y eut la moindre insolence commise par les soldats à l'endroit des femmes bien que la ville et les faubourgs fussent remplis de gens de guerre. "

Au printemps, il laisse à Quimper une garnison de 800 hommes sous les ordres de Kermoguer et du capitaine Dupré avec pour mission de rebâtir la citadelle et il décide de poursuivre Fontenelle qui occupe Corlay. C'est une petite ville possédant un château bien fortifié appartenant à la famille de Rohan.

Quand l'avant-garde de l'armée , conduite par Montmartin, arrive devant Corlay, celui-ci demande une entrevue à Fontenelle qui menace, ruse, espérant le secours des Espagnols qui sont à Pontivy. Effectivement, ceux-ci se mettent en route mais Montmartin les arrête à l'entrée d'une forêt pendant que le maréchal d'Aumont presse Fontenelle qui sort de Corlay avec ses hommes et va courir la campagne, s'empare de l'abbaye de Langonnet puis s'installe au château de Creménec près du Faouet.

Troisième conférence d'Ancenis.

Elle devait reprendre le 15 janvier et elle n'ouvrira que le 28 février 1595.

"  Les mal-intentionnés dans cette province font de grandes instances auprès du duc de Mercoeur pour qu'ils continuent la conférence . " écrit Ledesma à son maître Philippe II. Les Espagnols tentent de retenir Mercoeur en lui offrant 100.000 écus et de nouvelles troupes s'il se déclare ouvertement pour le roi d'Espagne. Ils se méfient de Tornaboni qu'ils pensent entretenu par les Vénitiens ou les Florentins "  Il conseille Mercoeur dans le sens de la dissimulation . " disent-ils.

Ils sont informés de tous ceux qui se passe à Ancenis par Monsieur de la Trinité qui est au conseil de Mercoeur. A Ancenis, les députés du roi propose une trêve. Mercoeur fait traîner les pourparlers quand une lettre de Mercoeur au duc de Mayenne est interceptée et dans laquelle Mercoeur écrit : "  Ce que je fais à Ancenis n'est que pour contenter la reine Louise, résolu à continuer la guerre et à me conformer à vos conseils . " La reine Louise est indignée, la conférence est interrompue le 20 mars. On promet de se retrouver le 15 mai à Chenonceaux. Duplessis-Mornay qui faisait partie de la délégation du roi écrit en avril 1595 : "  Les affaires de Bretagne ont à se terminer par la paix ou par la guerre- Par la paix, il semble que le duc de Mercoeur ait peu d'inclination. Néanmoins, tachons de l'amener au désir d'une trêve en lui faisant craindre une descente du roi en Bretagne et de l'autre le danger qu'il court en se liant trop étroitement à l'espagnol. Par la guerre, elle ne peut se faire sans la présence du roi et pour le moment il est appelé ailleurs. Il faut en attendant obtenir la réconciliation de Bois-Dauphin. "

Victoire du Roi sur les Espagnols.

Le 12 juin 1595, le Roi remporte une grande victoire sur les Espagnols à Fontaine-française. Mercoeur mal informé, croyant à une victoire espagnole, fait chanter un Te Deum à la cathédrale saint Pierre de Nantes. Après sa victoire sur le connétable de Castille et les Ligueurs, le roi entre en négociation avec le duc de Mayenne. Début juillet, arrive à Nantes Camundio avec de nouvelles instructions du roi d'Espagne concernant la reconnaissance de l'Infante comme duchesse de Bretagne. Camundio offre une pension à Tornaboni et tente de convaincre la duchesse de Mercoeur. Mercoeur est à Dinan. De retour à Nantes, il s'installe dans sa résidence d'été sur le bord de la Loire à Indret, il y reçoit une première visite de la Ragotière et de Tornaboni qui lui demandent d'accepter les conditions des Espagnols. Camundio vient lui demander de signer une déclaration. Mercoeur refuse. "  Il ne peut , dit-il, faire de déclaration publique en faveur de l'Infante sans avoir mieux préparé les esprits de la province et sans être plus forts et avoir plus de crédit auprès des Bretons . "

Enfin il veut l'avis et l'approbation de sa Sainteté le pape. Ledesma demande que " comme cela s'est fait au Portugal, l'approbation du pape soit demandée ensuite. " Mercoeur maintient sa position: "  La province de Bretagne a plus d'obligations à sa Sainteté . " La duchesse est résolue à engager son mari du côté des Espagnols et est décidée à reconnaître l'Infante comme souveraine. Elle déclare à Philippe II que si :  "  elle se voit trop en danger, elle se jettera dans un navire avec sa fille et ira rejoindre votre Altesse . "

Mercoeur irrite Ledesma qui dit de lui : " C'est un homme faible et dans le fonds, peu batailleur, lent et irrésolu . " Il est flatteur au contraire pour la duchesse : " Femme de bien, chrétienne quoique très avare et amie des grandeurs, elle aime son mari et désire son accroissement . " Sur le plan militaire, Mercoeur veut le commandement de toutes les troupes tant espagnoles que françaises. Il veut l'autorité absolue pour défendre le duché contre les hérétiques : " Alors je ferai les entreprises qu'il plaira à votre Majesté, je placerai dans quelques-unes des villes des garnisons espagnoles suivant la volonté de votre Majesté à condition que les privilèges de ville soient conservées . " Correspondance Mercoeur - Gaston de Carné..

Ceci n'est évidemment pas acceptable pour les Espagnols et Ledesma écrit : "  Il n'est pas nécessaire de faire des concessions plus larges. Don Juan d'Aguila m'a averti qu'il savait que les gouverneurs des villes voudront traiter chacun pour soi . " Il demande à son maître de maintenir la duchesse dans de bonnes conditions, en lui faisant un cadeau et il pense qu'il faut aussi faire quelque chose pour Messieurs de Saint-Laurent, de Goulaine et de Rosampoul qui soutiennent la cause de l'Espagne.

Situation de la Ligue en Bretagne en juillet 1595.

Dans l'évêché de Nantes, la Ligue tient les villes de Nantes, Châteaubriant, Blain, Guérande, Toufou et Oudon,

-dans l'évêché de Vannes : Vannes, Pontivy, Hennebont,

-dans l'évêché de Dol: la ville de Dol,

-dans l'évêché de Rennes : Fougères,

-dans l'évêché de Saint-Brieuc : Saint-Brieuc et Lamballe

-en Anjou à la limite de la Bretagne : Craon. Elle tient aussi le Mont Saint-Michel.

La situation des militaires espagnols est connue par les archives de Simancas :

Infanterie : trente-six compagnies

Cavalerie: deux compagnies

au total : 4300 hommes dont 300 à Blavet.

A cela il faut ajouter 290 hommes, embarqués sur les galères qui croisent le long des côtes bretonnes.

Conférence de Chenonceaux.

Mercoeur a cherché toutes les occasions pour retarder la reprise des négociations. La reine Louise lui écrit pour lui dire que les pourparlers seront définitivement rompus s'il ne vient pas. Duplessis-Mornay écrit au roi : "  le dernier répit que nous avions donné à Monsieur de Mercoeur arrive le 8 août qui expire aujourd'hui. Ce matin est arrivé de Nantes, le sieur Bobigny qui apporte la réponse à la reine Louise disant qu'il n’envoye point ses députés parce que le duc de Mayenne a assuré que votre Majesté lui avait accordé trois mois pour négocier . " Duplessis-Mornay. Correspondance.

Cependant nous savons que Tornaboni est en Espagne et que Mercoeur fait avancer les Espagnols jusqu'à Messac. Les députés de Mercoeur arrivent enfin à Chenonceaux, mais la conférence n'aura pas lieu, la Ragotière ayant avoué à la reine Louise que Mercoeur attend une réponse de l'Espagne.

Le siège de Comper.

Après la prise de Corlay, l'armée royaliste est restée inactive. C'est l'amour qui va réveiller le vieux maréchal d'Aumont. A 73 ans, il est tombé amoureux de la jeune comtesse de Laval, Anne d'Alègue qui le persuade d'entreprendre le siège de Comper qui appartient à son fils. Début août, le maréchal vient à Comper ; blessé d'un coup d’arquebuse on le transporte à son quartier général, où après seize jours d'agonie, il meurt le 19 août 1595. "Ce grand homme fut regretté du roi, de la France et surtout des Bretons. Il avait commencé le premier à les affranchir du joug des Espagnols . "

Duplessis-Mornay. Correspondance.

Le chanoine Moreau écrit : "  Il fut fort regretté des gens de guerre pour sa libéralité, pour son humeur franche et active quoique pleine de boutades et de la province aussi qu'il avait délivré d'une quantité de brigandage qu'y exerçaient sous le manteau de la Ligue, quelques gentilshommes qu'on devrait plutôt nommer chefs de voleurs que capitaines et gens de guerre . "

Chanoine Moreau ; Histoire de Cornouaille ;

On lui fit de magnifiques funérailles à la cathédrale de Rennes. Lavardin reçut le bâton de Maréchal pour remplacer le maréchal d'Aumont ce qui eut pour effet de fâcher Saint-Luc qui s'attendait à cette promotion.

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