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14 – La chute de Mercoeur.

Les difficultés de Mercoeur..

Mercoeur sent que le vent commence à tourner. Le duc de Mayenne dit à Montmartin qui doit rencontrer Mercoeur : "  Dites au duc de Mercoeur qu'il ferait mieux de traiter avec le roi dans les faubourgs de Paris que dans ceux de Nantes. Les plus courtes folies sont les meilleures . " La peste sévit à Nantes fin 1597 et début 1598. Mercoeur depuis la reprise d'Amiens par le roi et la perte de la flotte espagnole au Conquet a perdu tout espoir. Il échappe à un attentat. Ledesma écrit : "  Mercoeur est si découragé et si triste qu'il est urgent de travailler à le sortir de cet état . " Un pamphlet circule en Bretagne contre lui : " Quoi le duc de Mercoeur retiendra-t-il toujours l'embouchure de la Loire et une partie de la Bretagne contre le roi de France reconnue comme le plus grand capitaine de son temps. Verrons-nous toujours l'égout et le ramassis de tous les voleurs et assassins liés étroitement avec cette insolente, cruelle et infecte nation de Castille ? Allons déraciner l'espagnol de la Bretagne qui n'a pas été réunie à la couronne du temps de nos aieux pour la laisser démembrer. Nantes sera bientôt foudroyée et ce Catilina, ce monstre d’ingratitude, ce déloyal français qui a établi le castillan dans le royaume servira d'exemple à la justice de sa Majesté. "

Les gouverneurs des places encore fidèles sont convoqués à Nantes, Fontenelle est parmi eux, ils ne vont pas tarder à l'abandonner. Des pourparlers reprennent avec le roi. Montmartin est chargé de venir porter les passeports à Nantes. Le roi lui demande de ne pas se presser. Il attend la chute de Dinan. Le 30 janvier 1598, Dinan se soulève. Après avoir éloigné le gouverneur, les insurgés s'emparent d'une porte par laquelle les Malouins appelés en renfort font leur entrée dans la ville. Ils appellent la population aux cris de :" Vive le roi, vive la liberté publique " et investissent le château dont la garnison se rend le 10 février.

A Nantes, l'assemblée bourgeoise se réunit le 4 février sous la présidence du maire Jean Fourché pour désigner des députés qui vont rencontrer le roi.  Sa Majesté sera suppliée au nom des habitants de maintenir le duc de Mercoeur en son gouvernement. Le 9 février, le clergé fait amende honorable en écrivant à Philippe du Bec son ancien évêque, maintenant archevêque de Reims.

 

Le roi en route vers la Bretagne.

Le 18 février 1598, le roi quitte Paris pour la Bretagne. Les négociations viennent de commencer avec les Espagnols à Vervins. Le roi passe par Orléans, Blois et Amboise. A Chenonceaux il rencontre la reine Louise, la soeur de Mercoeur et lui promet de traiter Mercoeur " avec humanité ". Il y reçoit les délégués qui lui remettent les places de Craon, Montjean puis de Rochefort, Ancenis, Machecoul. "  Dites que je porte la paix et la guerre, déclare le roi, je châtierai les opiniâtres et pardonnerai à ceux qui de bonne heure le reconnaîtront, qu'on le fasse entendre à ceux qui tiennent mes places sous Monsieur de Mercoeur . "

Gabrielle d'Estrées, maîtresse du roi fait partie du voyage, bien qu'étant enceinte et sur le point d'accoucher. Elle vient d'être faite duchesse de Beaufort et songe à l'établissement de son fils César qui a quatre ans. Un mariage avec la fille de Mercoeur ne serait pas pour lui déplaire. La proposition a été faite à la Ragotière dans les négociations d'Ancenis. La duchesse de Mercoeur s'y oppose. Elle ne peut pas se résoudre à confondre "  son noble sang avec celui d'un bâtard, fut-il de sang royal . " D'autant qu'elle considère sa fille comme un don du ciel. Elle l'a obtenu à la suite d'un voeu à saint François d'Assises d'où le prénom de Françoise qu'elle lui a donnée.

Montmartin à Nantes.

Montmartin arrive à Nantes avec les passeports. Il se présente à la porte Saint-Pierre. On le fait attendre en appelant Mauléon le commandant du château. Montmartin qui ne connaît pas Nantes profite de cette attente pour inspecter les murailles de la ville sur les mottes Saint-Pierre et Saint-André et en militaire averti, il se rend compte des faiblesses de défense de la ville. Mauléon le conduit au château. Ordre a été donné de ne lui permettre aucun contact avec les Nantais. Un membre de la Chambre des comptes parviendra toutefois jusqu'à lui et lui donne les sentiments de la population. " Les habitants en ont assez de ceux de la Ligue et ils ne désirent que l'obéissance du roi . " Montmartin est conduit à l'hôtel de Briord et introduit dans le cabinet de Mercoeur, où celui-ci se tient au coin d'une fenêtre.

" Que me mande le roi , lui demande de Mercoeur

- Rien, je n'ai charge que de fournir des passeports pour vos délégués et de les conduire à Angers.

- Et le roi ? demande Mercoeur.

- Vous pourrez le voir dans moins de huit jours à la tête de son armée, répond Montmartin.

- Il ne viendra pas se morfondre devant Nantes qui est difficile à attaquer avec les crues d'hiver.

- Un roi qui vient de prendre Amiens en battant une armée de 25.000 Espagnols peut prendre Nantes en moins de huit jours . "

Mercoeur se retire pour s'entretenir avec ses conseillers. Ils connaissent le point faible du roi. Ils savent qu'il ne résistera pas longtemps devant les pleurs d'une femme et ils décident que la duchesse de Mercoeur accompagnera les délégués à Angers. La proposition est faite à Montmartin qui au début refuse, sa mission n'est pas de conduire Madame de Mercoeur à Henri IV. Après de longues discussions il accepte la présence de la duchesse et la petite troupe prend la route d'Angers.

Les intrigues de la Duchesse.

On va humilier la duchesse de Mercoeur en la refoulant aux portes d'Angers. Le roi demanda Montmartin de la conduire aux Ponts-de-Cé où elle rencontre la maîtresse du roi, Gabrielle d'Estrées. " Gabrielle connaissant le courage de Madame de Mercoeur et les lenteurs de son mari, non seulement ne se presse pas de la servir mais encore elle lui fait sentir que sans son intercession, elle demeurerait exposée à la sévérité du roi . " Mezeray. Histoires.

Si l'on en croit Sully, les deux femmes s'entendirent rapidement. La duchesse restant toujours réticente au mariage de sa fille avec César. Sully écrit : "  Cette alliance flattait si agréablement la marquise que dès ce moment, elle considérait l'affaire du duc de Mercoeur comme la sienne propre et elle s'y employa avec ardeur tandis que les deux duchesses, celle de Mercoeur et celle de Martigues qui l'accompagnaient mettaient en usage de leur côté toutes les soumissions, toutes les promesses et les larmes qu'elles croyaient capables d'attendrir un prince connu pour sa complaisance et son penchant pour les dames . "

Henri IV reçoit d'abord la duchesse avec froideur le 6 mars 1598, puis il reçoit les délégués de la ville de Nantes et les agents du duc. Mercoeur vient de perdre cinq villes et l'exemple de la défection de plusieurs gouverneurs représentent un danger pour lui. Cependant le duc menace encore de faire entrer dans Nantes les 2000 Espagnols qui campent au Pellerin et de faire appel à Don Juan d'Aguila qui a encore 5000 Espagnols à Blavet. D'autre part la Loire est en crue, ce qui peut gêner les opérations de l'armée royale. Henri IV pense pouvoir réduire Nantes en six semaines. Les larmes de la duchesse vont arriver à le désarmer. "  Il ne se souvînt plus qu'il était venu pour châtier un rebelle. " déclare Sully. Le roi dit à la duchesse que le lendemain son conseil traiterait avec les députés de Mercoeur. Il désigne à cet effet Schomberg, de Thou et Colignon. Les députés de Mercoeur acceptent tout ce qu'on leur propose. Le duc doit renonçer à son gouvernement, il doit remettre toutes les places où il entretient des garnisons et en échange obtiendra une amnistie et recevra une pension. Enfin le roi propose le mariage de son fils César qui a quatre ans avec la fille de Mercoeur qui en a six. Un article secret prévoit que Mercoeur retire toutes les troupes françaises et étrangères de Nantes, les Espagnols du Pellerin devant regagner l'Espagne sans passer par Blavet. Gabrielle d'Estrées fait monter la duchesse de Mercoeur dans sa litière et ensemble elles font une entrée triomphale à Angers.

Les reproches de Sully.

Les conditions posées à Mercoeur sont moins dures que prévu et Sully exprime au roi sa colère, lui reprochant de n'avoir pas su : "  résister aux cajoleries de ces femelles . " Le 10 mars, le roi écrit au connétable comme pour s'excuser : " Cela m'a fait prendre le parti de m'accorder avec lui, peut-être plus promptement et à des conditions plus avantageuses pour lui, craignant que l'appréhension qu'il a de ma venue ne se change en obstination quand il découvrira mes incommodités et saura mes forces inutiles faute d'argent . "

Pour le même motif, la rencontre avec Sully sera orageuse :

-  Mon ami, soyez le bienvenu, je suis très aise de vous voir ici , lui dit le Roi .

- Et moi, Sire, déclare Sully, j'en suis au contraire tout marri de vous trouver encore dans cette ville car vous avez et vous auriez bien mieux à faire ailleurs. Je suis ignorant, Sire et je sais qu’on vous amuse sous des propositions de noces. Il fallait aller choir à Nantes et la traiter à coups de canon dont il n'eùt pas fallu quantité pour faire dire à ce prince qui a toujours fait le fin: malheur soit le dernier. 

- Vous savez que je suis pitoyable à ceux qui s'humilient et que j'ai le coeur trop tendre pour refuser une courtoisie aux larmes et aux supplications de ceux que j'aime.

Le roi demande à Sully de rencontrer Madame de Mercoeur dont il est d'ailleurs apparenté. On dit : "  qu’il se laissa convaincre prouvant ainsi qu'il n'est pas aussi facile de résister aux femmes, surtout aux femmes belles et spirituelles . " Mellinet.

La soumission de Mercoeur

Les fiançailles de César sont célébrées à Angers avec magnificence comme pour un fils de France légitime Le 20 mars, le traité est signé, Mercoeur vient à Angers mais le roi refuse de le recevoir. Il est à la chasse à Briollay chez le duc de Rohan. C'est là que le 28 mars, Mercoeur vient le rejoindre. Il se jette à ses pieds et jure de lui être fidèle. " On n'a jamais rien vu de si contrit. Son orgueil est rabattu à bon escient. " écrit Duplessis-Mornay. Mercoeur avait peut-être médité cette phrase de Montaigne :" La plus commune facon d'amollir les coeurs de ceux qu'on a offensés lorsque, ayant la vengeance en main, ils nous tiennent à leur merci, c'est de les émouvoir par soumission à commisération et à pitié". Le jeune César est fait duc de Vendôme et pair de France le 3 avril, le contrat de mariage est signé le 5 avril. Le mariage ne se fera pas sans difficultés. En 1608, Mademoiselle de Mercoeur refusera de donner son consentement. Le roi réclamera les sommes prévues en cas de dédit et il faudra l'insistance de la duchesse auprès de sa fille pour que le mariage soit enfin célébré le 7 juillet 1609.

Le roi à Nantes..

À Nantes, le peuple est stupéfait des conditions accordées à Mercoeur. La bourgeoisie doit faire les frais de la réception. Un impôt de 17.000 écus est prévue à cet effet le 23 mars mais il servira en fait à solder les troupes de Mercoeur. Celui-ci pour se débarrasser de ses hommes organise une revue dans la prairie aux portes de la ville puis il fait fermer les portes, les hommes qui ne sont pas payés vont se livrer au pillage avant de se débander. Les 600 hommes restant dans le château exigent le paiement de leur solde avant de partir.

Le 24 mars, l'assemblée de la ville se réunit pour préparer la réception solennelle du roi et elle organise la marche des compagnies. Le 3 avril, on fait célébrer à la cathédrale un Te Deum en l'honneur du " roi de France et de Navarre ". Mais le 4 avril, Henri IV fait savoir qu'il refuse l'entrée royale, il viendra au milieu des siens. Par contre il ne refusa pas les sommes prévues pour les festivités qui vont servir à payer ses troupes. Le Maréchal de Gondi vient prendre possession de la ville au nom du roi, il s'installe au château où il met une garnison royale, puis l'assemblée de la ville lui prête serment. L'ancien maire Harrouys qui était prisonnier au château est libéré.

Ayant passé les fêtes de Pâques à Angers, la Cour s'embarque pour descendre la Loire et le 12 avril, le roi arrive à Sainte-Luce et va loger au château de Chassais, résidence d'été des évêques de Nantes où il est accueilli par Philippe du Bec, ancien évêque de Nantes. Duplessis-Mornay qui arrive à Nantes le même jour écrit à sa femme : " C'est un miracle de ce temps qu'à peine se trouve-t-il ici un homme de la Ligue tant chacun en a honte. Nantes est certes une belle ville, surtout pour l'assiette mais qu'ils avaient mal ménagée pour la défense . " Correspondance de Duplessis-Mornay.

Le 13 avril 1598, le roi fait son entrée à Nantes par la porte Saint-Pierre. Il est accompagné de Schomberg et de Philippe du Bec. Il est reçu par le clergé à la cathédrale puis se rend au château où les échevins lui sont présentés. Ceux-ci lui réclament le maintien des anciens privilèges de la ville. Henri IV reconnaît Nantes comme capitale du duché. De la chambre qu'on lui a préparé au château, il jette un regard sur la ville et déclare : "  Ventre gris ! Les ducs de Bretagne n'étaient pas de petits compagnons . " Le roi n'entend pas laisser en place ceux qui ont soutenu Mercoeur. Il réduit le nombre des échevins de 10 à 6, Charles Harrouys est remis à la tête de la municipalité. Les capitaines et lieutenants de la milice bourgeoise sont choisies par lui et il décide qu'à l'avenir, le maire sera choisi sur une liste qui lui sera proposée par la ville.

D'ailleurs dès l'année suivante il fera nommer La Boucheterie à la tête de la municipalité malgré l'opposition des bourgeois nantais. En mai 1599, pendant la préparation de l'élection du maire, l'assemblée reçoit du roi une note lui demandant de mettre sur la liste le seigneur de la Boucheterie, les bourgeois mécontents ne lui donnent pas leurs voix malgré les ordres du roi qui irrité leur écrit: "  Je trouve fort étrange de ce que, au préjudice de ce que je vous ai écrit pour élire maire de la ville de Nantes pour la présente année le sieur de la Boucheterie, lequel j'ai toujours reconnu pour fidèle serviteur, il y a quelques uns d'entre vous pour s'y opposer. C'est pourquoi, je vous fais ce mot de ma main car ma volonté étant telle que le sieur de la Boucheterie soit élu, que je sois obéis en cela . "

Mercoeur quitte le royaume.

Mercoeur demande au roi l'autorisation de quitter le royaume. Il va se mettre à la disposition de Rodolphe, l'empereur de Hongrie et va combattre les Turcs en Styrie. Après plusieurs campagnes où il se distingue comme chef militaire, il meurt de fièvre maligne en 1602 à Nuremberg à l'âge de 44 ans. On lui fait des funérailles imposantes en Lorraine et son éloge funèbre est prononcée à Notre-Dame de Paris par François de Sales : " Il n'ignorait pas que les voluptés ne nous embrassent que pour nous étrangler. Il fut un des remparts de la chrétienté, un protecteur de la foi. " D'autres commentateurs sont moins favorables. "  Né avec d'aimables qualités, honnête homme dans la vie privée, brave capitaine sur un champ de bataille, il eut tort de se laisser égarer pas une ambition plus grande que ses forces. D'ailleurs cette ambition n'avait rien de noble et d'élevée, elle n'était qu'égoïste . " Louis Grégoire. Histoire de la Ligue.

Le roi pardonne à Gabriel de Goulaine et aux principaux lieutenants de Mercoeur : Quinipily, d'Aradon, Saint-Laurent et de Carné. L'article 6 du traité de soumission de Mercoeur donne aux gens de guerre la possibilité d'intégrer l'armée royale.

 

Réception des ambassadeurs. Paix de Vervins.

Le roi recoit à Nantes les ambassadeurs d'Angleterre et des Provinces-Unies qui tentent de le persuader de continuer la guerre contre les Espagnols et qui lui promettent de l'argent et des hommes.. Henri IV les écoute poliment puis : " Il leur fît une peinture si vive des malheurs et des calamités de son royaume, du besoin de respirer après une aussi longue guerre civile . " Sully- Mémoires. L'ambassadeur d'Angleterre lui remet l'ordre de la Jarretière au nom de la reine Élisabeth.

Le 2 mai 1598, la paix est signée à Vervins avec les Espagnols. La France se retrouve aux frontières du traité de Cateau-Cambrésis. Les Espagnols s'engagent à quitter la Bretagne et à rendre Blavet dans les trois mois, malgré les réserves de Ledesma qui écrit à Philippe II : " J'ai trouvé à Blavet un maréchal de camp derrière ses fortifications si considérablement accrues qu'il pouvait défier une nombreuse armée. Il m'a dit que votre Majesté se privait d'un boulevard inestimable . " Le 19 avril, Gabrielle d'Estrées accouche de son deuxième fils Alexandre à l'hôtel de Briord. Après le départ du roi, elle restera quelque temps à Nantes pour se rétablir de ses couches.

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