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15 – L’édit de Nantes.

Les dernières négociations..

Sully presse le roi de terminer au plus vite la négociation en cours avec les protestants : "  Il était plus que jamais nécessaire de régler les affaires qui regardaient les protestants. Le corps prenait en France une si grande licence que le roi même n'était pas à couvert de sa malignité . " Sully - Mémoires.

Madame de Rohan pousse à reprendre les armes, aidée en cela par Agrippa d'Aubigné, connu "  pour sa langue méprisante et satirique. C'est lui qui a osé soutenir dans les assemblées protestantes qu'on ne devrait plus faire confiance à un prince qui avait adjuré avec sa religion, tout sentiment d'affection, de bonne volonté et de reconnaissance pour les calvinistes et que la paix sur le point d'être conclue avec l'Espagne allait attirer sur les protestants les dernières misères . " Sully - Mémoires Mais ajoute Sully : " L'arrogance de la cabale protestante tomba quand les ambassadeurs d'Angleterre et des Provinces Unies entrèrent dans les sentiments du roi . "

Le roi avait reçu à Tours avec beaucoup de bienveillance deux huguenots le duc de Bouillon et la Trémoille. " Ils demandèrent au roi d'excuser le passé, lui promettant à l'avenir toute obéissance . " Duplessis-Mornay Correspondance.

Les députés des réformés Constant, Cazes et la Motte font la navette entre le roi et l'assemblée de Chatellerault. Les difficultés sont peu à peu aplanies. Duplessis-Mornay écrit à sa femme : " Je pense qu'aujourd'hui nous achèverons à peu près l'affaire de la religion . " Reste en suspens le problème des chambres mi-parties et la liste définitive des places de sûreté. Sur le premier point, les protestants vont abandonner leurs prétentions. Sur le second, la liste figurera dans des articles secrets pour ne pas inquiéter les catholiques. Le pape, informé des tractations, s'inquiète. " Le légat est en alarme de ce qui plaît à votre Majesté d'accorder à nouveau à ceux de la religion réformée . " Lettre de Villeroy au roi.

 

La signature de l’édit.

Le château de Nantes où a été signé l'édit de pacification.

Après une ultime réunion à l'assemblée de Chatellerault, le texte est porté au roi à Nantes qui y fait encore quelques modifications pour bien montrer qu'il donnait l'édit en maître et que rien ne l'y contraignait. L’édit est signé dans la discrétion le 30 avril, jour de l’Ascension, au château des Ducs puis remis aux députés de l'assemblée protestante qui en donnent un récépissé et le remettent aux Rochelais qui avaient la charge de conserver les actes de la Réforme. Le préambule de l'édit est rédigé par Duplessis-Mornay et de Thou. Il montre comment le roi envisage de mettre un terme à la guerre civile. Il fait à ses sujets un devoir d'oubli et ce texte mérite d'être cité: :

" Henri, par la grâce de Dieu, roi de France de Navarre, à tous présents et à venir,

Salut.

Entre les grâces infinies qu'il a plu à Dieu de nous départir, celle-ci est bien plus remarquable de nous avoir donné la vertu et la force de ne pas céder aux effroyables troubles, confusions, désordres qui se trouvèrent à notre avènement en ce royaume qui était divisé en tant de parts et de factions que la plus légitime était la moindre.

Pour ces causes et avec l'avis des Princes de notre sang, avons par cet édit perpétuel et irrévocable dit, déclaré, ordonné :

  • Premièrement : que la mémoire de toutes choses passées de part et d'autre depuis le commencement de 1585 demeurera éteinte et assoupie comme une chose non avenue et il ne sera loisible, ni permis à nos procureurs généraux, ni aux autres personnes publiques ni privées en quelques temps, ni pour quelques occasions que ce soit en faire mention, procès ou poursuites en aucune cour ou juridiction que ce soit.

    Deuxièmement : défendons à tous nos sujets de quelque état et qualité qu'ils soient d'en renouveler la mémoire, ni provoquer l'un l'autre par reproche de ce qui s'est passé, pour quelque cause que ce soit, en disputer, quereller, ni s'outrager ou s'offenser de fait ou de parole mais se contenir et vivre paisiblement comme frères et amis sous peine aux contrevenants d'être puni comme perturbateurs du repos public . "

  • L'édit comprend quatre-vingt-douze articles dont cinquante-six secrets. En outre, il comprend des brevets dont les réformés ont peine à se contenter parce qu'ils n'ont pas force de loi mais restent à la disposition du prince. L'édit est loin de répondre à toutes les demandes des réformés, rappelons pour mémoire ces demandes :

    - Ils veulent la liberté d'exercice du culte dans tout le royaume. Ils se contenteront de l'exercice dans les lieux qu'ils possèdent en 1596 et il y aura des difficultés sur les preuves.

    - Ils veulent des lieux de sépulture, l'entretien des ministres et l'admission des réformés dans les Universités.

    - La possession des biens et la possibilité de succession. Les canons dépouillaient les hérétiques du droit de succession.

    - Ils demandent des juges non suspects et des chambres mi-parties. Sur ce point, ils n'auront pas satisfaction.

    - Ils veulent être admis à toutes les charges.

    - Ils demandent des places de sûreté dont ils veulent désigner les gouverneurs et enfin le paiement des garnisons par le roi.

    L'édit reprend en grande partie des dispositions de celui de 1577. Pour apaiser les catholiques, l'article 3 dit :

    " Nous ordonnons que la religion catholique et romaine sera rétablie en tous lieux où l'exercice a été interdit et nous défendons de molester les ecclésiastiques célébrant le divin service, défendons aussi expressément à ceux de la religion réformée de faire des prêches ou aucun service dans les maisons et habitation des dits-ecclésiastiques.

    La possibilité est donnée aux protestants de s'installer dans tout le royaume.

    "  Nous permettons à ceux de la religion prétendue réformée de demeurer par toutes les villes et lieux de notre royaume, sans être molesté, ni astreint à faire chose pour le fait de la religion contre leur conscience. "

    La liberté du culte ne sera pas aussi complète qu'ils l'auraient souhaité.

    "  Nous permettons à tous ceux de la religion prétendue réformée de continuer l'exercice de la religion dans toutes les villes où il était établi par eux en 1596. 

    Ladite religion ne pourra se faire aux armées sinon aux quartiers des chefs.

    - Il n'y aura aucun exercice de cette religion à la Cour. "

    Dans la pratique, les conditions acceptées pour la reddition des chefs de la Ligue vont réduire le nombre de villes où les protestants pourront exercer leur culte.

    - Nous défendons à tous les prêcheurs et à d'autres qui parlent en public d'user d'aucune parole ou discours tendant à exciter le peuple à la sédition et nous leur enjoignons de se contenir et de ne rien dire qui ne servent à l'édification, à maintenir le repos et la tranquillité publique.

    - Nous défendons à tous nos sujets d'enlever les enfants de la religion prétendue réformée pour les faire baptiser dans la religion catholique.

    - Les protestants ne pourront être obligés pour des raisons d'abjuration et ne pourront être molestés.

    - Ils seront tenus de garder les fêtes catholiques et nous pourrons ni besogner, ni vendre, ni étaler à boutiques ouvertes pour les dites-fêtes.

    - Les livres ne pourront être vendus que dans les villes où l'exercice de la religion est permis.

    - Il ne sera fait aucune distinction de religion pour recevoir les écoliers dans les collèges et universités, ni pour recevoir les malades dans les hôpitaux ou hospices publics.

    Pour les sépultures, alors que les catholiques refusaient les réformés dans les cimetières, les réformés ne voulaient pas de séparation. "  Il ne semblait pas disaient-il qu'on puisse vivre en paix avec des gens portant la haine au-delà de la mort . "

    - Nous ordonnons que pour l'enterrement des morts, il leur sera pourvu à chacun des lieux, une place la plus commode qui se pourra et ordonnant à nos officiers qui ne soit fait aucun scandale aux enterrements.

    Pour les places de sûreté, les protestants n'obtiendront pas de désigner eux-même les gouverneurs, le roi ne veut pas d'atteinte à son autorité. Le paiement des garnisons est traité dans les brevets en annexe à l'édit.

    Les articles particuliers précisent que :

    - Les réformés ne pourront être contraints de contribuer aux réparations et constructions d'églises, chapelles ou presbytères.

    - Les réformés ne seront point contraints de parer leurs maisons au jour de fête.

    - Quand ils seront près de la mort, ils pourront être visités et consolés par leurs ministres sans en être troublés.

    Pour l'exercice du culte, plusieurs villes sont exclues à la suite des traités de réduction des principaux chefs ligueurs :

    - Pour le duc de Mayenne sont concernées les villes de Reims, Rocroi, Saint-Dizier et Joinville,

    - Pour le duc de Joyeuse : Toulouse.

    - Les édits de réduction de Morlaix et Quimper interdisent le culte réformé à Morlaix, Quimper et dans tout le diocèse de Cornouaille et le comble pour un édit signé à Nantes, il est écrit :

    " Il ne pourra être fait l'exercice de ladite religion en la ville et les faubourgs de Nantes et ne sera donné aucun lieu de baillage à trois lieues à la ronde de ladite ville ".

    Les articles particuliers sont signés par Henri IV le 2 mai 1598.

    Le roi à Rennes.

    Après la signature de l'édit de Nantes, le roi veut repartir en Picardie rejoindre le reste de son armée mais Sully insiste pour qu'il aille à Rennes où doivent s'ouvrir les Etats de Bretagne. " J'insistai sur la nécessité où était sa Majesté de se montrer du moins dans la capitale de la Bretagne . " Sully - Mémoires. Le 9 mai, le roi fait son entrée à Rennes, accompagné du duc de Bouillon et de Bois-Dauphin. Il est accueilli par le sénéchal de Rennes Montbarrot, le gouverneur de Rennes qui lui remet les clés de la ville. Il reçoit les membres du clergé puis les députés du Parlement de Bretagne. Le lendemain, jour de la Pentecôte, il assiste à une grande cérémonie en son honneur à Saint-Pierre. Les Bretons furent charmés de l'affabilité du roi, déclare Sully. Toutefois certains font remarquer qu'il a mieux récompensé les partisans de la Ligue que ceux qui depuis le début l'ont soutenu. Au cours de son séjour à Rennes, le roi fait confidence à Sully de son désir d'épouser Gabrielle d'Estrées. Sully l'en dissuade fortement et semble-t-il arrive à le convaincre. Il a aussi un entretien en tête-à-tête avec le duc de Bouillon. Celui-ci retenu au lit par la goutte, le roi vient à son chevet et : "  prenant ce ton d'autorité qu'il lui seyait mieux qu'il le prenait rarement, il lui demande de se souvenir de sa conduite passée pour en prendre une directement opposée. " Sully - Mémoires.

    Sourdéac le gouverneur de Brest est convoqué à Rennes. Le roi sait qu'il a été sur le point de trahir ce que confirme la correspondance entre Ledesma et Philippe II : "  Sourdéac, gouverneur de Brest, y admettrait une garnison espagnole si on lui accordait certaines prétentions. Ceci vient de ce que le roi a l'intention de lui enlever le gouvernement de cette ville pour la donner au fils de Châteauneuf et il en éprouve du ressentiment . "

    Le roi prend à Rennes deux ordonnances :

  • - la première prescrit la démolition des châteaux qui constituaient parfois des repaires de bandits et présentaient un grand danger pour la tranquillité publique et l'autorité royale, cette oeuvre sera poursuivie par Richelieu.

    - La seconde ordonnance interdit le port d'armes dans tout le royaume.

    "  Chacun étant placé sous la protection des lois, on ne doit avoir recours pour se défendre qu'à la justice royale . "

  • Le 16 mai, le roi quitte Rennes pour Vitré. De Laval, il écrit aux Etats de Bretagne pour leur dire que combien : " il aurait souhaité assister aux Etats mais que son devoir lui imposait de partir incessamment en Picardie pour mettre la dernière main au traité de paix avec les Espagnols . " De-Thou - Mémoires.

    Il veut qu'on délibère sur les moyens de soulager le peuple et ajoute qu'il a laissé à Rennes les membres de son conseil présidé par Sully pour résoudre les difficultés qui se présenteraient.

    La reddition de Fontenelle.

    Le roi est prêt à lui accorder le pardon, s'il promet de s'amender. Fontenelle n'a plus qu'une cinquantaine d'hommes, il vient à Saint-Malo pour épouser Marie qui a maintenant quinze ans. Il est très prévenant avec elle et très courtois. Elle ignore tout de ses méfaits. Il l'installe à Coadélan près de Tréguier et il y fait transporter tous ses richesses. Il a laissé une petite garnison à l'île Tristan et quand il apprend que le roi a donné l'ordre de démolir les fortifications, il s'y rend, prends connaissance de l'ordre de dèmolition près des commissaires royaux. Il leur fait promettre d'attendre qu'il rencontre le roi pour commencer la démolition. A Rennes, le Parlement le fait arrêter. Les familles des victimes de Penmarch et de Pont-Croix demandent son accusation, il est transféré à Paris et enfermé au Châtelet. Grâce à l'intervention de son frère, il est libéré. Quelques années se passent, quand en 1602, il est mêlé à l'affaire Biron. Arrêté par le gouverneur de Morlaix, Coatnizan, il est conduit à Rennes puis à Paris où il meurt sur la roue en place de Grève en 1602.

    La réaction du pape à l'édit de Nantes- Enregistrement de l'édit

    Le pape réagit mal à la publication de l'édit de Nantes. Il convoque les cardinaux de Joyeuse et d'Offat: "  Cet édit, leur dit-il, est le plus mauvais qui se puisse imaginer, puisqu'il permet la liberté de conscience à tout un chacun et l'entrée des hérétiques à toutes les charges. Le roi parle avec autorité pour faire passer son édit mais il reste muet sur la publication du concile de Trente . "

    Les cardinaux lui expliquent que l'édit n'apporte rien de plus que l'édit de 1577, mais que sans cet édit, la guerre pourrait reprendre et qu'elle coûterait cher aux catholiques. D'Offat écrit à Villeroy : " Le pape se calmerait si on acceptait de publier le concile de Trente . "

    Le Parlement de Paris refuse d'enregistrer l'édit et le rejette en bloc le 5 janvier 1599. Le roi convoque les parlementaires au Louvre et leur déclare :

    Puis il menace :

    Il accepte quelques modifications de détail comme par exemple :

    l’interdiction faite aux calvinistes de tenir un synode hors du royaume et

    l'obligation d'obtenir une autorisation du roi pour se réunir.

    Le roi accepte enfin une autre répartition des magistrats dans les chambres du Parlement. Le 25 février 1599, l'édit est enregistré au Parlement de Paris, fin mars à la Chambre des comptes et enfin le 30 avril à la Cour des aides.

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