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3 – La première guerre de religion.

Le début de la guerre civile. Le massacre de Vassy.

Vassy est une petite ville de la Haute-Marne, située à peu de distance de Joinville où se trouve la propriété familiale berceau de la famille des Guises. François de Guise revient de Saverne où il a rencontré le duc de Wurtemberg. Il vient de proposer une conférence des deux partis en Allemagne et a juré de ne faire aucun mal aux réformés. Depuis le colloque de Poissy, une petite église réformée a été créée à Vassy et le 25 décembre 1561, 2000 personnes s’y sont rassemblées. Le dimanche 1er mars 1562, François de Guise arrive à Vassy avec une troupe de 200 hommes, il dit que son intention est de se rendre à Esclaron. Il rend visite aux moines, demande aux catholiques de ne pas quitter le couvent et prend le temps de déjeuner. Les réformés sont réunis dans une grange voisine , ils sont près de 600 et chantent des psaumes. Les hommes de François de Guise s'approchent de la grange. Quelques coups d'arquebuse sont tirés, trois hommes sont tués. Les hommes de François de Guise pénètrent dans la grange aux cris de : " Tue, tue " et le massacre commence. Le pasteur Morel est arrêté et présenté au duc. 74 Huguenots sont tués et 200 sont blessés. La nouvelle est connue très rapidement dans tout le royaume et cette fois les huguenots décident de réagir. Ils s'emparent de plusieurs villes : Orléans, Le Mans, Tours, Angers, Poitiers, Lyon, Mâcon, Valence et La Rochelle. Les catholiques répondent par un nouveau massacre à Sens.

Le duc de Guise vient à Paris pour se justifier. Il donne sa version des faits : " Etant à l'église pour ouïr la messe, écrit-il dans ses Mémoires, il me fut rapporté que pas loin de là dans une grange se faisait un prêche. J'envoyai vers eux trois de mes gentilhommes pour leur signifier le désir que j'avais de leur parler. Sitôt que la porte de ladite assemblée fut entrouverte, mes hommes furent reçus à grands coups de pierres jetées depuis un échafaudage dressé au portail de la grange, les autres tirant avec leur arquebuse sur les miens. Je reçûs même trois coups qu'ils n'eurent pas grande portée, Dieu merci. Je n'ai jamais voulu frapper personne et le défendit aux miens, tant qu'il m'était possible, admonestant les autres aussi de cesser de leur côté. Je donnai l'ordre de tout faire cesser ". Le massacre de Vassy marque le début des guerres de religion qui vont ensanglanter la France pendant trente-six ans.

La politique d'apaisement du duc d'Etampes.

Alors que le reste du royaume connait des troubles de plus en plus graves, la Bretagne est épargnée grâce à la sagesse du duc d'Etampes. Les incidents sont rares. On en signale un en avril 1562 à Guérande, les huguenots viennent à la porte de l'église des Jacobins chantant des psaumes, puis pénétrant dans l'église, ils brisent les images et renversent les offrandes qui sont sur l'autel. Le duc d'Etampes reçoit l'ordre du roi de se rendre en Normandie avec une armée de 4000 bretons. Avant de partir, il lui est demandé d'interdire aux protestants de s'assembler. Il leur écrit : " de céder au temps et de se conformer aux ordres du roi. " Les pasteurs protestants se retirent à Blain. Une déclaration du roi leur enjoignant de quitter la Bretagne sous quinze jours, ils n'en font rien sachant que le gouverneur, le duc d'Etampes n'a pas l'intention de les poursuivre.

Le concile de Trente.

Le pape Pie IV convoque les évêques pour la reprise du concile à Trente. Les sessions reprennent le 18 janvier 1562, elles portent sur les livres défendus, la communion et le sacrifice de la messe. Les ambassadeurs français présentent leurs lettres de créances le 26 mai 1562. La délégation française comprend : Louis de Saint-Gervais, Arnaud du Perrier et Pibrac. Pendant plusieurs mois, les discussions s'éternisent, Pibrac présente au concile un mémoire rédigé par le Conseil du roi qui demande aux Pères de l'Eglise de profondes réformes :

- Qu'on ordonne les prêtres moins jeunes et qu'ils soient de bonne renommée.

- Que les évêques eussent l'âge requis par les canons et que le cumul des bénéfices soient interdits.

- Qu'on explique l'Evangile au peuple de manière intelligible et qu'aux processions, on puisse chanter en langue vulgaire.

- Que le clergé ne se serve pas des excommunications par intérêt.

Le pape reçoit très mal les demandes des Français. Quand le cardinal de Lorraine arrive à Trente avec les évêques français, il le convoque à Rome et il fait humilier la délégation française. Ce sera l'incident du 29 juin. A la messe, les délégations française et espagnole vont s'opposer, il faut interrompre l'office, les délégations se réunissent à la sacristie une fois la messe terminée. Les Espagnols sortent en grand cortège " s'applaudissant de la victoire sur les Français. " Ceux-ci sont indignés contre les légats qui ont organisé cette supercherie avec les Espagnols. Du Ferrier proteste qu'il ne supporte pas l'injure faite à son roi et qu'il entend : " protester non contre les légats mais contre un particulier qui se portait pour pape quoique son élection fut nulle, ayant acheté les suffrages par un trafic infâme. "

Les légats présentent, au nom du pape, le texte dit " de la Réformation des princes " dans lequel ils proposent :

- De défendre aux séculiers de poursuivre un clerc pour cause d'assassinat.

- De défendre aux Princes de toucher aux bénéfices ecclésiastiques vacants sous peine d'excommunication.

- D'interdire de lever des impôts ou taxes sur les ecclésiastiques.

- D'attribuer aux tribunaux ecclésiastiques seuls, le jugement des affaires ecclésiastiques.

Enfin, ils exigent que les lettres, sentences et citations soient publiés en tous pays sans autorisation des gouvernements.

Le pape de son côté donne tous pouvoirs aux inquisiteurs contre les hérétiques par une bulle du 7 avril et il convoque à Rome la reine de Navarre, Jeanne d'Albret. Le 22 septembre, Du Ferrier fait une dernière déclaration fracassante au concile puis il se retire à Venise. Le 4 décembre 1563, c'est la clôture du concile. Michel de l'Hospital, le chancelier s'oppose à la réception en France du texte du concile.

Mort de François de Guise.

Depuis le massacre de Vassy, les protestants occupent Orléans. François de Guise vient y mettre le siège. Il y sera tué par Poltrot de Méré. Poltrot a passé sa jeunesse en Espagne. On le surnomme l'espagnolet. A son retour en France, il a pris la foi protestante et a juré de tuer François de Guise. Il vient à l'armée royale au château de Corney, fait la connaissance de quelques soldats et suit les déplacements du duc. Au moment choisi, il se place à un endroit où il sait que le duc ne manquera pas de passer. " Le duc étant à cheval assez loin de ses gens qui marchaient devant lui, s'entretenant avec un envoyé de la reine, Poltrot de Méré lui tira de très près un coup de pistolet dans l'épaule." De Thou Mémoires.

Le duc gravement blessé meurt 6 jours après l'attentat. Poltrot a été arrêté, mis à la question, il assure que Condé, d’Andelot et Soubise ne sont au courant de rien. Il accuse d'abord Coligny puis se rétracte. Il est condamné à mort et le 18 mars " Il fut déchiré avec des tenailles ardentes, tiré à quatre chevaux et écartelé ." De Thou Mémoires.

Henri de Guise alors âgé de 13 ans promet de venger son père.

Le baptême de Marie de Luxembourg.

Une grande fête est donnée à Nantes le 15 juillet 1563 pour le baptême de Marie de Luxembourg. " Les ruelles sont tendues de riches tapisseries. Le cortège est composé des principaux habitants de la ville portant des torches blanches allumées, les archers et gentilhommes portant des torches de cire jaune. Puis vient le chariot plein de nymphes, de satyres et de musiciens. L'Université, les gens de justice, les plus grands seigneurs du pays marchent ensuite. L’artillerie du château tonne. L’église Saint-Pierre est resplendissante de draps d’or. " De Thou Mémoires. Le baptême est célébré par Philippe du Bec, évêque de Nantes. Marie de Luxembourg est la nièce du gouverneur et la fille de Martigues. Elle épousera le 12 juillet 1575, le duc de Mercoeur et de 1575 à 1598, elle jouera un rôle important à Nantes, faisant basculer la ville dans la Ligue en 1588. Née à Lamballe le 12 février 1562, elle est considérée par les bretons comme l’héritière naturelle des ducs de Bretagne. " La belle nantaise " comme on aime à l'appeler sera élevée en Bretagne. Charles IX érigera en duché le comté de Penthièvre pour remercier Martigues le père de Marie de ses services.

Les protestants de Bretagne se réunissent en synode à la Roche-Bernard. On voit apparaître des luttes intestines dans la communauté, surtout après le meurtre du curé de Saint Molf près du Croisic quand les autorités protestantes décident de poursuivre les assassins et demande une punition exemplaire pour les malfaiteurs. A Héric en octobre 1563, deux calvinistes rencontrent le vicaire de la paroisse qui allait dire sa messe. Ils s'en prennent à lui, l'assassinent en pleine rue, pris et désarmés par la population, ils sont relâchés peu après parce que les habitants craignent des représailles.

 

L’édit d’Amboise. Le tour de France de Charles IX. 

Catherine de Médicis négocie une nouvelle paix avec les protestants. C’est l’édit d’Amboise du 19 mars 1563. Charles IX est déclaré majeur. A partir de mi-août 1564, Charles IX entreprend avec sa mère, un tour du royaume qui le mène d'abord à Fontainebleau, Sens, Troyes, Dijon, Mâcon et Lyon. Fin aout, il est à Valence, Catherine fait un détour par Salon pour consulter le célèbre Nostradamus. Le cortège royal se rend ensuite à Aix, Toulon, Marseille, Nîmes, Narbonne et Toulouse où le cortège arrive le 1er février 1565. Ils passent 23 jours à Bordeaux avant le départ pour Bayonne. La reine Catherine retrouve sa fille Élisabeth, femme de Philippe II roi d'Espagne à Saint-Jean-de-Luz. Le 21 juin, la Fête-Dieu est célébrée par une procession solennelle dans Bayonne avec remise par le duc d'Albe de la Toison d'or à Charles IX. Les négociations avec les Espagnols commencent, le contenu des accords restera secret. On sait seulement que les Espagnols ont demandé la destitution du chancelier Michel de l'Hospital.

 

Les protestants à Rennes et à Nantes.

Malgré l'édit de pacification, les protestants n’osent pas reprendre leur culte à Rennes. Ils se réunissent à Liffré. A Nantes, ils cherchent un lieu de culte, se fixent d'abord sur la Fosse. Ce n'est pas un faubourg, leur dit-on mais un boulevard. On ajoute d'autre part que la religion réformée est particulièrement odieuse à Philippe II avec lequel commerce les habitants de la Fosse. On leur propose Richebourg mais les chanoines et les choristes protestent, le lieu étant trop près de la cathédrale Saint Pierre et " ils ne veulent pas côtoyer des gens dans l'exercice de la religion contraire. " Enfin le duc d’Etampes leur accorde la maison de Beauregard dans le Marchix. Le 15 aout 1564, les notables de la ville assemblés à Saint Pierre décident de les en chasser. Ils se retrouveront à la montagne de la Musse sous les chênes et les cormiers. Ils y élèveront un temple en juin 1567.

Mort du duc d’Etampes. - Charles IX à Nantes.

Janvier 1565, le gouverneur de Bretagne meurt. Dans son testament, il s'excuse auprès des bretons " d'avoir été dans l'obligation de les fatiguer. Ils demandent pardon aux catholiques de ne pas les avoir toujours protégé des huguenots, mais il les prie de faire attention que cette conduite était nécessaire pour éviter de plus grands maux ". Sébastien de Luxembourg, vicomte de Martigues est nommé par le roi , gouverneur de Bretagne pour succéder à son oncle, le duc d’Etampes. Son entrée dans la ville de Nantes sera discrète, pas celle de sa femme, Marie de Beaucaire qui s'installe à l'hôtel de Briord, le plus bel hôtel de la ville, situé au 13 de l'actuelle rue de Briord.

Le roi est le 11 octobre 1565 à Thouaré où il dinera et le 12 octobre, il arrive à Nantes. Sa visite sera courte mais va coûter cher aux Nantais. Il est logé chez André Rhuys à la Fosse. Un spectacle est donné devant la Fosse dans un théâtre élevé pour l'occasion. Entré dans la ville par la porte Saint-Nicolas, il se rend à Saint-Pierre avant d’être recu au château par les autorités de la ville. Il reste à Nantes jusqu'au 15 octobre puis se rend à Châteaubriant chez le connétable Anne de Montmorency, où il reste 18 jours. C'est par l'édit de Châteaubriant qu'il modifie profondément l'organisation administrative de la Bretagne. Il décide le rétablissement du culte catholique à Blain où depuis 1563, les protestants avaient pris possession de l'église paroissiale. Depuis l'affaire du pressoir, de nombreux calvinistes nantais s'étaient réfugiés à Blain, la région étant toute acquise au protestantisme et y étaient restés malgré l'édit de pacification. Les prêtres étaient en fuite. Les commissaires du roi font rouvrir l’église de Blain au culte catholique pour la Toussaint 1565.

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