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4 – les deuxième et troisième guerres de religion.

Affaire de Meaux.

Depuis l'entrevue de Bayonne entre Charles IX et le duc d'Albe, représentant Philippe II, roi d'Espagne, les huguenots sont persuadés qu'un accord secret a été conclu pour les faire disparaître et les événements récents en Flandres où l'Inquisition recommence leur semble un début d'exécution de l'accord. Aussi décident-t-ils de se saisir de la personne du roi. Ce sera une faute majeure. Ils vont commettre un crime de lèse-majesté, attirer sur eux les foudres de la couronne et provoquer l’irritation des catholiques modérés. Coligny écrit à toutes les églises protestantes de se tenir sur leurs gardes, d’Andelot réunit ses troupes, Coligny et Condé s'avançent jusqu'à Lagny. La reine-mère prévenue du danger fait appel à 6000 suisses mercenaires qui étaient à Château- Thierry. Ils conduisent le roi à Paris, lui permettant d'échapper aux protestants. Le 29 septembre 1567, le roi fait son entrée dans la ville. Cette tentative d'enlèvement va déclencher une nouvelle guerre. Condé installe son camp au nord de la capitale et demande à Lanoue de s'emparer d'Orléans.

Martigues et les protestants.

A Nantes, les relations vont rapidement se gâter entre les protestants et le nouveau gouverneur Martigues. Il fait disperser une réunion de protestants au Bois de la Musse. On dit de lui :" qu'il poussait le zèle catholique jusqu'à la cruauté. " Il menace le maire de Nantes et veut faire payer ses troupes par le diocèse. Son lieutenant de Sansay emprisonne dans la tour du château pour le moindre délit. Catherine de Médicis s’en inquiète et lui écrit l’invitant à imiter son oncle. " Que vous soyez aussi estimé et aimé de tout le monde comme il l’était . " Martigues traîne derrière lui une terrible réputation. On dit que lors de l'expédition de Normandie, il a lui-même étranglé de ses mains un protestant qui refusait de se confesser.

Francois de Lanoue.

Il est né en 1531 au château de la Gascherie sur les bords de l’Erdre. Il passe une partie de son enfance à la Fresnay-en-Retz entre Machecoul et Bourgneuf. Sa famille est très riche, elle possède les châteaux de la Gascherie, de la Fresnay-en-Retz et le château de Briord près de Port-Saint-Père. Lanoue s'est converti au calvinisme lors du voyage de d’Andelot en Bretagne en avril 1558. Il participe à la première guerre de religion et se distingue à la bataille de Dreux. La religion tient une grande place dans sa vie, c’est un homme intègre, désintéressé, admiré de tous. Henri Hauser -Biographie de Lanoue

Brantomme dit de lui : " le grand zèle qu'il portait à la religion lui avait tellement atteint l’âme qu'il en eût oublié toutes choses pour la servir et la maintenir." Montaigne, qui l’a rencontré plusieurs fois dit: " Constante bonté, douceur de mœurs, grand homme de guerre et très expérimenté. "

Lanoue admire la belle discipline de l'armée des huguenots. Pas de blasphème dans tout le camp, les femmes sont bannies. C'est une armée combattant pour la religion, matin et soir, les pasteurs disent des prières et les soldats chantent des psaumes. Lanoue a recu une formation militaire qui lui a appris à se dissimuler à l'ennemi, à attaquer avec peu d'hommes, à tromper les ennemis par une marche rapide, à fortifier une ville sans dépenses, comme on dit à la huguenote. Il sait aussi effrayer les ennemis en les attaquant de nuit par une camisade.

Lanoue à Orléans.

Il n'a avec lui qu'une toute petite troupe. Pour ne donner aucun soupçon, il fait entrer ses hommes trois par trois et fait prévenir les huguenots d'Orléans. Avec l'aide de ceux-ci, il s'empare des portes de la ville. Les catholiques réagissent, Lanoue les charge brusquement. Il fait ouvrir une tranchée en face de la citadelle et pousse les travaux avec une telle vivacité, qu’en quelques heures, la garnison capitule. Lanoue, laissant une partie de ses hommes à Orléans, va parcourir la Bretagne, l'Anjou et la Touraine avec son ami d’Andelot pour recruter des hommes, près de 2000 hommes. Ils passent la Seine à Saint-Cloud et rejoignent Condé dans la plaine de Saint-Denis. Le 10 novembre, à la bataille de Saint-Denis, les huguenots au nombre de 4000, affrontent l'armée royale qui en compte 30.000. L’issue du combat reste incertaine, mais le connétable de France est tué. Condé fait appel aux protestants allemands, Jean Casimir accepte de lui fournir 7000 reîtres et 4000 lansquenets. Les mercenaires arrivent en Champagne. N'étant pas payés, ils refusent de se battre. La paix est signée à Longjumeau le 27 mars 1568, malgré les réticences de Coligny et de Lanoue. Le but de la reine-mère est de faire partir les mercenaires allemands. Elle obtient ce qu'elle voulait, pour elle ce n’est pas la paix, ce n'est qu'une trêve, elle attend l'occasion de s'emparer de Condé et de Coligny. Ceux-ci d’abord réfugiés à Chatillon-sur-Loire, viennent se mettre à l'abri à La Rochelle. Brantôme écrit : " la paix se fit et chacun se retira à la maison ". Jeanne d’Albret, reine de Navarre qui a pris ouvertement le parti de la Réforme, écrit au roi qu’elle ne se dresse pas contre lui mais contre le cardinal de Lorraine, fauteur de tous les troubles et elle vient se réfugier à la Rochelle avec ses enfants. Le 28 septembre 1568, c’est en reine des huguenots qu’elle fait son entrée dans la ville à la tête d’un grand cortège, sous les acclamations de la foule.

Bataille de la levée de la Loire.

D’Andelot à la tête d’une armée des huguenots se trouve à Beaufort-en-Vallée, au nord de la Loire. Tous les ponts sont tenus par l'armée royale. Recherchant un gué, il passe l’Authion pour atteindre le fleuve à la Daguenière. Martigues qui a reçu l'ordre de rejoindre le reste de l'armée royale à Saumur tombe par hasard sur les quartiers de d’Andelot au port de Sorge. Une bataille s'engage, d’Andelot craignant de se mettre en danger en repassant l’Authion, attend Lanoue qui accourt avec 200 arquebusiers. Martigues se retire, l'armée des huguenots passe la Loire pour rejoindre La Rochelle. Le roi en apprenant l’échec de Martigues sur la levée de la Loire prend l’édit de Saint-Maur du 25 septembre 1568, qui révoque tous les édits antérieurs favorables aux protestants.

En Bretagne, les protestants connaissent vexations et mauvais traitements, certains se servant du prétexte de la religion pour les piller, ce qui sera le cas du capitaine Guengo à la Roche-Bernard. Il démolit le collège de l'hôpital et fait abattre le tombeau de la femme de d’Andelot, se saisit d’un juge. Ses exactions sont tels que la population s'indigne et s'en prend aux ravisseurs qui sont mis en pièces, sa troupe est détruite et il meurt peu après.

Martigues évite à l'armée royale une défaite quasi-certaine près de Poitiers. Pour le remercier, Charles IX va ériger le comté de Penthièvre, qui lui appartient en duché-pairie.

Bataille de Jarnac (13 mars 1569) – Assassinat de Condé – Bataille de Moncontour - Mort de Martigues.

L'armée royale est commandée par le duc d'Anjou, frère du roi, il a dix-huit ans. Ses principaux lieutenants sont Montpensier et Martigues. L’armée des huguenots est commandée par Condé et Coligny, Lanoue participe à la bataille de Jarnac avec les réformés de Bretagne, il est à l'arrière-garde et a pour mission de résister à la charge de Martigues. Les huguenots sont défaits le 13 mars 1569, Condé fait prisonnier, est assassiné de sang-froid par Montesquiou. Lanoue également prisonnier sera échangé contre un détenu de La Rochelle. Les armées se rencontrent à nouveau cette fois le 3 octobre à Moncontour près de Chatellerault. L'armée des huguenots est commandée par Coligny, Lanoue est à l'avant-garde. Encore une fois prisonnier il est échangé cette fois contre Strozzi malgré l'opposition du cardinal de Lorraine qui déclare : " En France il peut y avoir plusieurs Strozzi, mais il n'y a qu'un Lanoue. " De retour à La Rochelle, Lanoue va réorganiser les restes de l'armée des huguenots, tandis que Coligny parcourt le midi de la France pour reconstituer ses forces.

Le duc d'Anjou met le siège à Saint-Jean d'Angély. Martigues, pendant qu'il inspecte un canon, est tué d'une arquebusade, le 20 octobre 1569. Son corps est transporté à Guingamp pour y être enterré près de son oncle, le duc d’ Etampes. Le 10 décembre, le roi nomme Montpensier au gouvernement de la Bretagne. C'est un homme violent, autoritaire, il a 56 ans, il ne résidera jamais en Bretagne, sa fonction étant exercée par Bouillé..

Deuxième voyage de Charles IX en Bretagne.

Le 15 avril 1569, le roi revient à Châteaubriant accompagné de sa mère, de son frère le duc d'Anjou, des ducs de Guise et de Mayenne. Il reçoit le sénéchal de Rennes, se rend à Derval, Guéméné et Ploërmel. Le 25 mai, il est à Saint-Malo où il assiste avec la Cour à la procession de la Fête-Dieu.

Le 27 mai 1570, d’Andelot meurt d'une fièvre jaune près de Saintes. On dit qu'il a été empoisonné, mais actuellement même les historiens protestants pensent le contraire. Son corps est transporté à la Roche-Bernard pour y être inhumé dans l'hôpital sous un édifice qui depuis s’appelle le Dôme.

Lanoue en Charente. Siège de Fontenay-le-Comte

A Tonnay-Charente, Lanoue se heurte au baron de la Garde qui remonte les canaux avec six galères. Lanoue place ses hommes en embuscade et demande à ses soldats d'attendre pour tirer, malheureusement pour lui, il ne sera pas obéi. Ces hommes tirent sur la première galère, ce qui permet au baron de la Garde de se dégager. Pour réduire les places fortes qui encerclent La Rochelle, Lanoue utilise les services de l'ingénieur Scipion. Avec son aide, il s'empare de Lucon, Marrans et Mareuil. Devant les Sables d'Olonne, il échoue une première fois à cause de la tempête. Landereau qui commande les catholiques des Sables a fait placer le magot de ceux-ci dans le château, persuadé qu'ils le défendraient avec la dernière énergie. C'était oublier que les protestants, eux aussi avaient besoin d'argent. Lanoue charge avec furie Landereau est fait prisonnier, les protestants s'emparent d'un butin énorme. Le roi lui fait passer un message lui disant que les prisonniers protestants seraient traités comme Lanoue traiterait Landereau. La reine de Navarre fait entrer Lanoue au Conseil de La Rochelle. Rencontrant l'armée de Puygaillard et n'étant pas en bonne position pour combattre, il voudrait se retirer mais le conseil huguenot qui accompagne l'armée en décide autrement. Il se soumet au Conseil, tue 100 arquebusiers et fait 700 prisonniers. Toujours humain, il empêche le massacre des prisonniers. Il se présente devant Fontenay-le-Comte le 15 juin 1570, il fait placer devant la porte saint Michel cinq pièces d'artillerie puis tombe sous une pluie d'arquebusade qu'on lui tire du château. Il est blessé d'une balle qui lui casse l'os du bras gauche, transporté à La Rochelle, on s'aperçoit d'un début de gangrène. Les chirurgiens décident d'une opération qui réussit, un ouvrier habile lui confectionne un bras de fer qui lui permet de se tenir à cheval, d'où le surnom qui, dès lors, lui sera donné : Lanoue Bras de fer.

Coligny s'est replié dans le Midi pour reconstituer son armée, il remonte avec ses hommes la vallée du Rhône et rencontre les troupes royales à Arnay-le-Duc. Cette fois les protestants l'emportent et s'établissent à la Charité-sur-Loire .

La paix de Saint-Germain.

La paix est signée à Saint-Germain le 8 août 1570. Les protestants obtiennent quatre places de sûreté : La Rochelle, Montauban, Cognac et la Charité-sur-Loire. Ils ont d'autre part le libre exercice de leur religion dans les maisons des Seigneurs ayant haute justice. En Bretagne, deux lieux sont autorisés pour le prêche : Carhaix et Bécherel. Les protestants tiennent un synode à Blain avant de regagner leurs paroisses. Les églises réformées sont rétablies à Piriac, la Roche-Bernard, Vitré, Rennes et Nantes. A Nantes, ils ne peuvent reprendre ni le pressoir, ni le bois de la Musse. Ils s'installent à la Gascherie. Les concessions qu'ils ont obtenu du Roi sont telles que la méfiance s'installe du coté des catholiques. C'est l'époque où paraît le fameux texte de la Boétie sur la servitude militaire. Il a bien compris que dans les deux camps, l'ambition des chefs militaires est la cause de la ruine du pays, qui d'ailleurs est exsangue. Il invite ses lecteurs à ne plus servir les seigneurs de la guerre : " Vous nourrissez vos enfants afin qu'ils les mènent à la boucherie, qu'ils les fassent les exécuteurs de leur vengeance. Vous vous affaiblissez afin de les faire plus forts à vous tenir plus courte la bride. Soyez résolus de ne plus les servir et vous voila libres. Je ne veux pas que vous les poussiez mais seulement que vous ne les souteniez plus et vous les verrez comme un grand colosse à qui on a dérobé la base, de son poids même fondre en bas et se rompre. " Le 25 septembre 1570, le pape écrit à Charles IX pour se plaindre de cette paix qu'il trouve trop avantageuse pour les réformés. A Nantes, l'édit de pacification de Saint-Germain est mal reçue par les catholiques. Une assemblée générale se tient à l'évêché de Nantes pour désigner deux personnes devant obtenir du roi que : " ni dans les faubourgs, ni en aucun lieu ouvrant droit de la juridiction, évêché ou comté de Nantes, aucun prêche ou exercice public fut accordée. " Le 31 août 1570, Montpensier, le gouverneur de Bretagne écrit au maire de Nantes : " Les calvinistes ne peuvent célébrer leur culte qu'à la Gascherie. " Dès l'année suivante, on cherche à les éloigner encore plus de Nantes, le sénéchal fait une descente sur les lieux. Au mois de novembre 1571, Philippe du Bec, évêque de Nantes demande à la Cour l'interdiction dans tout le diocèse.

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