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6 – Les 5ème, 6ème et 7ème guerres de religion.

Henri d'Anjou, roi de Pologne.

Henri d'Anjou, frère du roi est élu roi de Pologne par les seigneurs polonais. Il quitte La Rochelle par bateau pour Nantes et remonte la Loire jusqu'à Orléans. La cérémonie du serment a lieu à Notre-Dame, le 10 septembre, en présence des envoyés de Pologne. Henri d’Anjou annonce qu’il sera en Pologne le 10 décembre. Toute la famille royale l’accompagne jusqu’à la frontière.

Difficile pacification.

Début 1574, une grande assemblée réunie à Nantes par l'évêque a pour but de pacifier la ville. De Sansai accuse le maire et les échevins  d’ignorance et d’incapacité .  Il critique l’institution des juges de commerce : "  Les juges, dit-il ont expédié de deux à trois mille causes sans qu'il en coûte aux pauvres, chose qui est contraire à la bourse des juges, des avocats et des procureurs . "

Des textes circulent en indiquant que le but du roi et de ses conseillers est d'éliminer les Grands, protestants et catholiques en se servant de motifs religieux.

"  Pour les éliminer, se servir des troubles de la religion, c'est le meilleur moyen pour en tuer et en faire mourir de tous côtés . " La Molle et Coconat qui ont participé à la tentative de révolte du duc d'Alençon sont arrêtés le 30 avril et décapités. Montgomery qui vient d'Angleterre est surpris à Domfront par le maréchal de Matignon. La garnison déserte au bout de quelques jours l'obligeant à se rendre. Le Parlement instruit son procès, il est soumis à la question et il soutient courageusement la torture. Catherine de Médicis qui veut assouvir une vengeance personnelle, le fait condamner à mort et il a la tête tranchée le 26 juin sur la place de Grève.

Mort du Roi Charles IX.

La santé du roi continue de décliner. Le 18 mai 1574, il déclare que sa maladie ne lui permet plus d'exercer sa tâche, il s'en décharge sur sa mère. Le lendemain, il lui donne le titre de régente. Le 30 mai 1574, il meurt à l'âge de 23 ans Catherine fait partir un messager porter la nouvelle en Pologne et presse son fils de rentrer incessamment en France. L'envoyé de Catherine est à Cracovie quatorze jours plus tard. Henri d'Anjou qui devient Henri III s'échappe de Pologne, passe par Vienne puis s'attarde à Venise et à Turin avant d'arriver à Lyon le 6 septembre. Dès la mort du roi, Catherine de Médicis cherche à négocier une trêve que Lanoue signe à La Rochelle pour deux mois du 1 juillet à fin août. Cette trêve concerne le Poitou , l'Angoumois, l'Aunis et la Saintonge. A Millau, une alliance est conclue entre les protestants représentés par Condé et les politiques, représentés par Damville et Henri de Montmorency. Condé est nommé général en chef. La trêve n'est pas respectée. Montpensier fait le siège de Fontenay, prend Melle et tente de couper les communications entre La Rochelle et Marrans ; Saint-Gelais investit Saint-Maixent. Catherine tente de corrompre Lanoue par de l'argent. Celui-ci réagit vivement : "  L'honneur lui était plus cher que la vie et il ne fallait pas l'éblouir par des promesses magnifiques et il ne ferait jamais un indigne trafic de la religion et de la conscience . "

Le nouveau roi.

Depuis son arrivée à Lyon, on attend beaucoup du nouveau roi. Il avait quitté la France avec la réputation d'un homme de caractère. Depuis son retour, il déçoit, il s'enferme toute la journée avec ses favoris. "  Le faste et la mollesse avait pris la place de la grandeur . " De Thou. Mémoires. Cette conduite déplait aux Grands, ils décident de rentrer chez eux. On délibère sur l'attitude à adopter sur les questions de religion, les partisans de la paix sont : Paul de Foix, De Thou, Harlay et Biraque. Pour eux, c'est la seule façon de rétablir la tranquillité dans le royaume .  Catherine est pour la guerre, le roi lui donne raison et l'ordre est donnée à Montpensier de reprendre les hostilités dans le Poitou .

Lanoue fait fortifier à la hâte Fontenay-le-Comte mais la ville est prise par les troupes royales qui s'y livrent à toutes sortes d'excès. Montpensier met le siège à Lusignan qui est défendu par René de Rohan. Le 13 octobre, après une préparation d'artillerie où 800 obus sont tirés, il fait donné l'assaut. Il doit se replier avec de lourdes pertes. Le lendemain René de Rohan fait une sortie et s'empare de cinq pièces d'artillerie, la désertion commence dans l'armée royale. Montpensier reçoit un renfort de 1200 reîtres. La veille de Noël, Montpensier tente un nouvel assaut. René de Rohan a si bien organisé la défense que les troupes royales subissent encore de lourdes pertes. Le roi pousse à la négociation, René de Rohan peut sortir avec armes et bagages, le château est rasé, Chemerault s'acquitte de cette tâche avec l'aide de paysans qui viennent en masse prendre part à la démolition.

Le roi de Navarre et le duc d'Alençon, maintenus prisonniers à la Cour, décident de s'évader. Le duc d'Alençon s'échappe le premier et se réfugie en ses terres en Normandie. Henri de Navarre profite d'une chasse à Senlis pour faire de même, il vient s'installer à Saumur et déclare à son arrivée le 26 février que : "  Tout ce qu'il avait fait sur le changement de religion était par force et contrainte et que partant, la liberté de sa personne lui remettant la liberté de sa volonté, il remettait son âme en l'exercice de sa première croyance . "

L'édit de Beaulieu.

Jean Casimir qui n'a pas été intégralement payé, fait entrer ses soldats en France. Devant cette menace, la Cour tente de semer la division entre les protestants et le duc d'Alençon puis négocie pour aboutir à l'édit de pacification de Beaulieu, signé près de Loches le 6 mai 1576. C'est le plus favorable jamais obtenu par les protestants. Ils reçoivent le libre exercice de la religion dans toute l’étendue du royaume, sans exception de temps, de lieux et sans restriction. L’édit désavoue la Saint-Bartélémy et réhabilite Coligny. En Bretagne, le culte protestant se rétablit rapidement autour de ces bases traditionnelles : Vitré, Blain, Châteaubriant, Rennes Les églises de Piriac, Guérande, Vannes et Nantes sont rouvertes et à la Roche- Bernard, le ministre Louveau qui s'était réfugié à Londres revient.

La constitution de la Ligue.

Les catholiques vont réagir en constituant la Ligue qui se forme d'abord à Péronne. Par l'édit de Beaulieu, le roi s'est engagé à donner le gouvernement de la Picardie à Condé. Le seigneur d’Humières qui n’accepte pas d'être dépouillé, gagne à sa cause la noblesse et le peuple de Picardie. Il rédige une formule d'association qui va servir de modèle aux autres provinces : " Tous les princes, seigneurs, gentilhommes, bourgeois s'engagent par serment sur les Evangiles, sur leur vie et sur leurs biens :

- à vivre et mourir dans la religion catholique apostolique et romaine,

- à employer leurs forces à remettre et maintenir l'exercice de cette religion.

- Si quelque catholique refuse de rentrer dans la Ligue, il sera réputé ennemi de Dieu et déserteur de la religion et comme tel sera abandonné de tous. Il sera créé un chef de l'union à qui tous les autres devront jurer une obéissance aveugle et sans bornes.

Ce texte est signé par une foule de gens. Les bourgeois de Paris, emmenés par un parfumeur parisien ne tardent pas à entrer dans la Ligue. Le duc de Guise pour donner plus de poids à son mouvement, veut se faire appuyer par le roi d'Espagne Philippe II et par le pape. Il prend contact avec don Juan d'Autriche et avec le légat, le roi informé, s'inquiète pour son trône.

La sixième guerre - La paix de Bergerac..

Les Etats généraux de Blois s’ouvrent le 6 décembre 1576. Le roi prend immédiatement conscience de la force de la Ligue. Sur le conseil de Monvilliers, il se déclare le chef de la Ligue et décide contrairement à ses engagements et à l’édit de pacification de Beaulieu qu'on ne tolère plus que l'exercice de la religion catholique. Sept gouverneurs sont pour le rétablissement de l'unité religieuse par "de douces voies ", cinq d'entre eux, ceux de Bourgogne, de Bretagne, de Guyenne, du Lyonnais et du Dauphiné refusent la guerre. L'année 1577, les opérations sont peu nombreuses en Bretagne. Les huguenots s'emparent de Concarneau.. La noblesse bretonne, aidée par les paysans reprend la ville close et passe la garnison au fil de l’épée .

Les protestants ayant reçu l'ordre de ne plus se rassembler, le sénéchal de Nantes convoque le ministre Louveau. Celui-ci refusant de venir, le sénéchal vient sur place, procède à des arrestations et se prépare à vendre les biens des huguenots quand survient la nouvelle paix de Bergerac le 17 septembre 1577, confirmée par l’édit de pacification de Poitiers, le 5 octobre 1577. Ce sera l’édit le plus favorable aux protestants. Ils tiennent un synode à Vitré où sont représentées les seize églises de Bretagne : Vitré, Vieillevigne, Chateaubriant, Guérande, le Croisic, Piriac, Sion, Saint-Malo, Nantes, Rennes, Pontivy, Ploërmel, Blain, Morlaix et Hennebont. En octobre 1578, un synode national se tient à Blain suivi d'un autre en 1579 à Anduze dans les Cévennes. C'est une période de relative accalmie avec toutefois quelques incidents notamment à Herbrignac où un protestant ayant été enterré en grande pompe, accompagné d'une foule de huguenots, dans la nuit, le curé d’Herbrignac le fait déterrer et fait jeter son corps dans la Vilaine où il flottera pendant plusieurs jours.

Le siège de Montaigu.

Montaigu est une place forte qui possède un bon château, la garnison commandée par un certain Durban est peu nombreuse et passe son temps à trousser les passants sur les chemins. Le chef des huguenots fait la connaissance de Durban, lui propose de piller ensemble sur la route de Nantes. Durban vient avec cinq de ses hommes. Un premier marchand est détroussé puis un deuxième, les huguenots profitent de la pagaille pour arrêter Durban et ses hommes. Ils le garottent, se font ouvrir les portes de Montaigu et s'emparent de la ville. Comme ils sont nombreux et que les vivres commencent à manquer, ils font soixante prisonniers sur la route un jour de marché, s'avançent jusqu'au pont de Pirmil puis pénètrent dans la ville de Nantes, pillent trois églises et s’en retournent chargés de butin. L'affaire fait grand bruit et en quelques jours ils sont bientôt 1500, parmi eux Agrippa d’Aubigné. Les ravages sont telles que les autorités décident de réagir. La Hunaudaie rassemble plusieurs compagnies de gendarmes pour mettre le siège à Montaigu. Apprenant la marche des troupes, une partie de la garnison prend peur. "  A tous les poltrons à qui le siège fait peur, on donnera un passeport pour qu'ils s'en aillent à tous les diables. " leur disent les chefs huguenots. La garnison se réduit à 350 hommes résolus, la paix revenue, la Hunaudaie lève le siège.

Lanoue qui combattait les Espagnols dans les Flandres est fait prisonnier et

est enfermé dans la forteresse de Limbourg dans des conditions atroces. Pendant six ans, il y restera sans voir la lumière du jour, il en sortira pratiquement aveugle.

Le roi décide de relever de Sansai le gouverneur du château de ses fonctions. Il est convoqué à la Cour. Avant de quitter Nantes, de Sansai demande une gratification de 150 écus d’or, les Nantais trop contents de le voir partir, lui donneront ce qu'il demande.

 

La prise de Cahors - La paix de Fleix.

Une relative accalmie s’est installée depuis la paix de Bergerac quand les combats reprennent en 1580. Le prince de Condé en s’emparant par surprise de La Fère rallume le conflit, le roi de Navarre qui veut s’affirmer comme le chef des huguenots, s’empare de Cahors. Les troupes royales ne réagissent pas et la paix est signée à Fleix le 26 novembre 1580.

Mercoeur, gouverneur de la Bretagne.

Le 5 septembre 1582, le roi Henri III nomme Philippe Emmanuel de Lorraine, duc de Mercoeur, au poste de gouverneur de la Bretagne, malgré les réserves de ses conseillers. Le chancelier Cheverny lui fait remarquer qu'il est dangereux de confier cette province à un prince qui n'est déjà que trop puissant, Mercoeur fait partie de la maison de Lorraine comme les Guises. Il a épousé le 12 juillet 1574, Marie de Luxembourg, duchesse de Penthièvre, celle que les Bretons considèrent comme l'enfant des anciens ducs de Bretagne. En cas de troubles, Mercoeur pourrait être tenté de faire valoir ses droits à la couronne ducale. Mercoeur est le beau-frère du roi, il a épousé sa soeur Louise. C'est un homme très instruit, il parle italien, espagnol, allemand et entend très bien le latin et l'anglais. Il est de taille élevée, de figure noble. Saint François de Sales dit de lui que  c'est un homme chaste, vertu si rare dans ce siècle dépravé. Il inspire confiance et respect Ledesma, le représentant de Philippe de Nantes est moins élogieux : "  Lent, irrésolu, faible, prêtant l'oreille à tous, la moindre chose faisant impression sur lui . " Autre point de vue, celui de l’historien Louis Grégoire : "  Il n'a fait que du mal. Homme ambitieux et faible, il est tombé sans gloire pour lui-même et sans profit pour la cause qui n'a pas voulu défendre. La défense de la religion fut toujours pour lui subordonner à l'intérêt de sa grandeur personnelle . " La duchesse de Mercoeur est bien connue des Nantais. Fille de Martigues, elle a été élevée en Bretagne.

Le duc de Mercoeur prend son premier contact avec la Bretagne aux Etats de Vannes, le 30 novembre 1582. Il fait accepter par les Etats, une contribution de 70.000 écus pendant cinq ans. Les Etats lui présentent le cahier de doléances auxquelles il répondra favorablement sur tous les points.

. La duchesse de Mercoeur vient s'établir à Nantes en mai 1583. Elle s'installe à l'hôtel de Briord. Le duc fait son entrée triomphale en septembre 1583. L’abbé Travers écrit : "  Ni les ducs de Bretagne, ni le roi de France, ni la reine Anne de Bretagne n'avait eu de réception semblable . Le clergé, les religieux, l'université et tous les corps de la ville avec la milice bourgeoise, une foule de gentilhommes allèrent au-devant du nouveau gouverneur qui était descendu chez André Rhuys à l’entrée de la Fosse . " De Thou. Mémoires.

Les années 1583 et 1584 seront des années noires à cause de la peste qui sévit en Haute Bretagne,  près de la moitié de la population meurt.

Le changement de calendrier

L’année 1582 sera l'année de l'adoption du calendrier grégorien. Jusqu'à cette date, le monde occidental utilise le calendrier Julien adopté sous Jules César qui a fixé la durée de l'année à 365 jours et créer les années bissextiles. Mais comme il existe un écart de 11 minutes entre l'année civile et l'année solaire, l’écart cumulé en 1582 est de dix jours. Le pape Grégoire XIII décide de recaler le calendrier sur les astres et de modifier les années bissextiles : les années séculaires ne seront plus bissextiles sauf si elles sont divisibles par 400. Le recalage va se faire en ordre dispersé. Les pays soumis au pape, l'Espagne, l'Italie et le Portugal suivent les ordres du pape et le lendemain du 4 novembre 1582 devient le 15 novembre. La France de Henri III adopte le nouveau calendrier le 9 décembre, le lendemain du 9 devenant le 20 décembre. Les pays protestants conservent l'ancien calendrier jusqu’en 1699, les Anglais jusqu’en 1752 et les Russes jusqu’en 1923.

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