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7 – Début de la huitième guerre.

Le roi de Navarre, héritier du trône.

En 1584, François d’Alençon meurt à Château-Thierry de ses débauches excessives. Le roi n'ayant pas de descendant direct, le roi de Navarre, un huguenot devient l’héritier présomptif du trône, situation intolérable pour la Ligue. Le duc de Guise, l’âme de la Ligue, n'a plus aucun crédit à la Cour mais il est l’idole du peuple, par le zèle qu’il a mis dans les affaires de religion. Il est en contact avec le roi d'Espagne, Philippe II et avec le pape Grégoire XIII. Il persuade le cardinal de Bourbon que la couronne lui revient naturellement, Henri de Navarre étant hérétique. Les chefs de la Ligue se réunissent dans la maison de Bassompierre près de Nancy, puis à Joinville où ils signent un traité secret, le 31 décembre 1584. Ils se fixent 4 objectifs :

- Barrer la route du trône à Henri de Navarre.

- Désigner le cardinal de Bourbon comme futur roi.

- Détruire l'hérésie.

- Recevoir le concile de Trente.

Henri III en est informé, un des Ligueurs le renseigne régulièrement. Il déteste Philippe II mais il le craint. Ses conseillers lui demande d’agir et Duplessis-Mornay lui écrit : "  Sans en venir à une guerre ouverte à l'Espagne, faire une puissante ligue et lui susciter et entretenir des empêchements domestiques. Il semble que la reine d'Angleterre entrera volontiers en cette ligue. Une conspiration a été découverte non seulement contre son Etat mais contre sa personne même . "

Duplessis-Mornay. Correspondance.

Le roi se contente de faire des retraites et d'assister à des processions de pénitents. Le pape Grégoire XIII meurt. Il est remplacé par Sixte-Quint qui a été élu grâce au soutien des cardinaux espagnols. Henri III fait paraître un édit interdisant toute levée de l'homme sans son ordre et ordonne à ceux qui l'ont fait de les licencier. Il demande au duc d’Epernon de se rendre auprès de Henri de Navarre pour le convaincre de se convertir.

Traité de Nemours.

Le 31 mars 1585, la Ligue se déclare ouvertement par la déclaration du cardinal de Bourbon à Péronne. C'est le signal d'une nouvelle guerre, ce sera la huitème guerre qui va durer plus de dix ans mais peut-on encore parler de guerre de religion. La guerre va se transformer en une guerre civile puis en une guerre étrangère quand les Espagnols, les Anglais et les Allemands de Jean Casimir vont se mêler au conflit. Les Guises s'emparent de Verdun, Toul, puis de Châlons. Lyon et Mézières se déclarent pour la Ligue. Le roi publie des déclarations et sous la pression de sa mère Catherine de Médicis signe le 7 juillet 1585, le traité de Nemours qui met la royauté sous la coupe de la Ligue. Le calvinisme est proscrit, il n'y a plus de religion que la catholique et il est décidé que la peine de mort et la confiscation des biens seront prononcées contre les contrevenants. La Ligue reçoit des places de sûreté : au duc de Guise, les villes dont il s'est emparé : Verdun, Toul, Saint-Dizier, Châlons, au duc de Mayenne, les villes de Dijon et Beaune et au duc de Mercoeur, les villes de Dinan et Concarneau. Mercoeur y place deux de ses lieutenants : d’Avaujour à Dinan et Lezonnet à Concarneau. Le roi de Navarre à la lecture du traité en est si indigné qu'on dit qu’en quelques jours sa barbe a blanchi. Les huguenots de Bretagne vont s’enfuir vers Jersey, Guernesey et l'Angleterre. D'autres se réfugient à La Rochelle. Les églises protestantes sont détruites. Le parti de la Réforme n'a plus aucune position en Bretagne fin 1585, à l'exception de Vitré et de la Roche-Bernard, le ministre Louveau étant resté sur place. Le duc de Mercoeur réunit la noblesse bretonne en organisant des tournois et des fêtes. A Redon, il organise un carnaval. Il s'empare du château de Blain, opération sans gloire, le château n'étant pas gardé. Il réunit les Etats de Bretagne dans la salle des Jacobins à Nantes, la noblesse étant représentée par Sourdéac, de Goulaine, Ponthus et Boisrouant. Un conflit éclate entre la Chambre des comptes et les Etats qui refusent d'entretenir la garnison de Dinan. Mercoeur qui est libre de ses mouvements en Bretagne s'engage avec ses troupes en Poitou. Il se présente devant Fontenay où il se heurte à l’armée de Condé. Fontenay ne lui ouvre pas ses portes. Il doit s'abriter dans les faubourgs et pressé par Condé, il décampe avec précipitation pour regagner la Loire, perdant tout ses bagages. Dans cette déroute, Condé lui tuent un grand nombre de soldats. Cette déroute lui vaudra le surnom de Mercoeur " la décampe ".

Association de Bergerac.

Catholiques et protestants forment une association et lancent une proclamation en novembre 1585 à Bergerac : " Nous, catholiques et de la religion réformée, considérant la déplorable division qui est en le royaume tant en la religion qu’en l'Etat et prévoyant qu'elle n'y peut longuement durer sans ruine inévitable du royaume, déclarons que nous ne désirons rien de mieux que l’extinction du schisme qui est à présent en l'église chrétienne et qu'il est notoire que le meilleur moyen est un concile général ou national. Nous promettons d’employer ce qui est en nous pour obtenir au plus tôt le dit concile et promettons de vivre en attendant paisiblement, chacun servant Dieu en sa religion, selon le jugement de sa conscience, sans en rien troubler, ni s'inquiéter les uns les autres . "

La Ligue et l'Espagne.

Les hommes de la Ligue ne sont évidemment pas pour la conciliation. En mars 1587, un courrier est intercepté dans les Landes par les huguenots et décodé par Duplessis-Mornay : " Il m’a été envoyé, écrit-il, un paquet d'Espagne que j'ai déchiffré. Nous avons appris par là que se prépare en Espagne une armée de 20 à 25.000 hommes, il semble qu'elle sera pour fondre en Bretagne . " Duplessis-Mornay. Correspondance.

Henri de Navarre prévient la reine Élisabeth d'Angleterre  : " Madame, je crois que vous aurez été averti des grands remuements qui se font en ce royaume depuis quelque temps par ceux de la maison de Guise sous prétexte qu'il n'y ait plus religion que catholique, apostolique et romaine et que le roi par l'assurance d’icelle nomme un successeur romain. Le pis est que le roi d'Espagne qui s'est imaginé la monarchie de la chrétienté est l'auteur et le chef de cette conspiration . "

Le roi Henri III hésite entre deux politiques : s'allier avec Henri de Navarre contre la Ligue ou suivre la Ligue. Fin 1586, il choisit la Ligue et demande à un de ses mignons, le duc de Joyeuse de prendre la tête de l'armée royale et de marcher contre les huguenots. La reine d'Angleterre fournit de l'argent à Casimir pour qu'il recrute en Allemagne 8 000 reîtres et 10.000 hommes à pied.

Bataille de Coutras.

L’armée royale et celle des huguenots se rencontrent à Coutras le 20 octobre 1587, l'armée royale bien que très supérieure en nombre est battue à plate-couture laissant 5 000 morts et 500 prisonniers. Henri de Navarre y fait des prodiges. Hélas, au lieu de poursuivre les fugitifs et de rejoindre l'armée de Casimir, il fait demi-tour pour rejoindre sa maîtresse Corisande, et se retire en Béarn où l'amour le rappelle, ce qui lui vaut cette remarque indignée de Duplessis-Mornay qui lui écrit: "  Ces amours si découverts et auquel vous donner tant de temps, ne semblent plus de saison . " Les Allemands qui arrivent par l'est se perdent en route, ils s'arrêtent en Champagne où selon Michelet leur marche se transforme en bacchanale. Le roi traite avec eux leur retrait. Une bulle de Sixte-Quint proclame la déchéance de Henri de Navarre et à Paris, les quartiers constituent la Ligue des Seize, en désignant un représentant par quartier.

Les barricades à Paris.

Janvier 1588, les princes catholiques réunis à Nancy, demandent la destitution de tous les officiers suspects à la Ligue et décident la publication du concile de Trente, l'établissement de l'Inquisition, l'exécution des hérétiques et se disent prêts à participer avec les Espagnols à un débarquement en Angleterre. Le roi prend au sérieux la menace de sédition à Paris. Il laisse échapper quelques menaces. Les seize font appel aux Guises. Ceux-ci viennent de recevoir à Soissons, l’aragonais Moréo qui promet au nom de son maître Philippe II une importante somme d'argent et des soldats en échange de la rupture avec le roi.

Le 8 mai 1588, Henri de Guise vient à Paris malgré l'interdiction du roi et se présente au Louvre. Le roi fait entrer dans Paris des troupes suisses et des gardes français. Le 12 mai, un incident oppose les Parisiens aux Suisses, des barricades s'élèvent dans toute la ville, les Suisses sont encerclés. La reine-mère tente de négocier, c’est trop tard, les prétentions des Guises sont exhorbitantes. Le roi, ne se sentant plus en sécurité, profitant d'une promenade dans les Tuileries saute à cheval et avec quelques fidèles passe la Seine au pont de Saint-Cloud et s'enfuit à Chartres.

 

Les Etats généraux de Blois.

Catherine de Médicis entreprend des négociations avec Henri de Guise avant de rejoindre le roi à Chartres. Celui-ci a annoncé à une délégation de la Ligue l'ouverture des Etats généraux à Blois au mois de décembre. Mercoeur est en Vendée, Henri de Guise le presse d'engager les hostilités contre Henri de Navarre et lui promet quatre régiments. Mercoeur s'avançe jusqu'à Montaigu. Apprenant la présence de Henri de Navarre aux Essarts, il se replie sur Clisson et demande à son capitaine Gelais d'organiser la retraite. Henri de Navarre le poursuit jusqu'à Monnières où dans un accrochage Mercoeur perd une partie de ses hommes. Henri de Navarre n'a pas l'intention de s'approcher de Nantes, il a un autre dessein. Il veut s'assurer le contrôle de l'embouchure de la Loire et envisage de s'emparer de Guérande avec l'aide d’amis qu’il a au Croisic, puis de s'installer dans les marais de Saint-Nazaire. Pour assurer ses arrières, il fait le siège de Beauvoir qu'il prend le 21 octobre 1588, et échappe de peu à la mort ; alors qu'il se promenait avec quelques hommes, il tombe dans une embuscade et ne doit la vie qu’à la maladresse de ses adversaires. Après Beauvoir, il prend l’ile de Bouin.

Le roi écrit à la municipalité nantaise, la suppliant de :  "  demeurer fidèles et constants en la dévotion qu'ils doivent rendre à leur roi . " La municipalité dirigée par Charles Harrouys assure le roi de ses bons sentiments.

Défaite de l'Armada espagnole.

L'Armada espagnole quitte Lisbonne pour l'Angleterre le 29 mai 1588. La flotte comprend 150 navires, 8 000 marins, 20.000 soldats avec 2 000 canons. En juillet, elle est dans la Manche. Elle voudrait utiliser le port de Boulogne mais d’Epernon qui tient la place contre la Ligue la défend âprement. L'armada espagnole prise dans une tempête devant les côtes anglaises jette l'ancre devant l’ile de Wight. Les bateaux de Drake viennent la canonner le 2 août, les Espagnols cherchent à se réfugier à Dunkerque. Dans la nuit du 7 au 8 août, Drake charge huit vieux navires de poudre et les fait dériver au milieu de l'armada afin d'y mettre le feu. Les Espagnols perdent quinze navires et 5 000 hommes, ils passent en Mer du Nord et tentent de faire le tour de l'Angleterre. La tempête va encore leur faire perdre 14.000 hommes, l'Armada est détruite.

Agitation de la duchesse de Mercoeur.

La duchesse de Mercoeur s'agitent beaucoup en faveur de la Ligue. Connaissant la rivalité entre les villes de Rennes et Nantes, le Parlement étant disputé entre les deux villes, chacune ayant la prétention d'être la capitale de la Bretagne, Mercoeur qui connaît l'attachement des Nantais à son épouse, promet le rétablissement du Parlement à Nantes. Il fait fortifier la ville, fait réparer les murs et fait faire des provisions de vivres et de poudre. Les prédicateurs entretiennent la haine des calvinistes dans la population. Ils leur imputent les malheurs de l'époque : épidémies, inondations, maladies. Parmi eux se distingue, le célèbre Feu-Ardent qui prêche à Saint-Pierre et à Saint-Nicolas.

 

 

Hésitation des notables nantais.

Le 8 juillet 1588, une assemblée extraordinaire se tient au couvent des Jacobins pour délibérer de la situation de la ville. Auprès de Philippe du Bec, évêque de Nantes se tient le maire Harrouys, le capitaine Gassion commandant le château et les capitaines de la milice. Le 14 juillet, l'archidiacre et le prédicateur Christi se rendent au Conseil où ils tiennent des discours enflammés. Il supplie le maire de faire une assemblée générale en l'Hôtel de ville pour inciter les habitants de la ville et des faubourgs à se joindre à eux  : "  pour empêcher qu'un hérétique ne soit jamais admis au gouvernement du royaume . " Le maire après avoir consulté les échevins dans une réunion du 16 juillet décide de patienter avant d’en parler au gouverneur Mercoeur. La misère est grande dans le pays nantais, les troupes pillent la campagne, les plaintes affluent : " Les troupes usent de grande violence et extorsion tellement que la liberté du commerce est cessée en ce plat pays qui est tout ruiné . " Pierre de l'Estoile - Mémoires. Mercoeur, pour faire taire les mécontents, fait entrer le régiment de Saint-Pol dans la ville malgré les protestations du maire.

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