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9 - Les troupes étrangères en Bretagne.

Arrivée des Espagnols.

Le 10 août, Philippe II informe Maldonado, son représentant à Nantes du départ de la flotte espagnole de Laredo. Les instructions données au commandant en chef, Don Juan d'Aguila sont : " de veiller à ce que les troupes vénèrent les églises, s'abstiennent de blasphème et de violence et de veiller à ce qu'elles soient régulièrement payées . " Partie de Laredo, la flotte est poursuivie par les navires anglais. Elle doit se réfugier sur les côtes de Biscaye puis traverse le golfe de Gascogne. Elle veut atteindre directement Blavet, mais une tempête la repousse vers l'embouchure de la Loire. Début octobre, les troupes débarquent à Saint-Nazaire. Il y a 3 000 hommes, 18 compagnies d'infanterie, seize espagnoles et deux italiennes. L'armée conduite par Don Juan d'Aguila prend immédiatement la route de Blavet par la terre tandis que la flotte conduite par Don Diégo Brochero va rejoindre Blavet par la mer. Le 27 octobre ils sont à Vannes, ils ont déjà perdu 300 hommes qui sont morts ou qui ont déserté. Mercoeur qui reçoit 20.000 écus pour faire la guerre, écrit le 6 décembre à Philippe II : " Le secours est fort diminué à cause de la maladie qui s'est mise parmi les soldats et le seigneur d’Aguila me dit qu'il n'y a pas plus de 2 000 hommes qui puissent servir et n'étant point accompagné de cavalerie, ce qui les rend encore plus faibles . " Correspondance de Mercoeur – G de Carné.

Mort de Sixte-quint.

Le 20 août, le pape se trouve incommodé. Il a assisté à la messe de la congrégation du Saint Office. Le 29, il se retire très oppressé et reçoit l'extrême-onction. Le soir même il meurt. " Ses exactions et les tributs qu'il imposa, le firent tellement haïr que dès que le siège fut vacant, le peuple courut au Capitole briser la statue qu'on avait érigé de son vivant . " De Thou. Mémoires.

La nuit suivante, son corps fut mis sans cérémonie dans un petit tombeau. Les cardinaux réunis en conclave désignent un nouveau pape qui meurt treize jours après son élection. Nouveau conclave, après de fortes tensions, le parti espagnol fait élire Grégoire XIV dont le premier geste sera de demander l'élection d'un roi catholique en France et le rétablissement de la religion catholique comme seule religion en France.

La prise de Kérouzéré.

Kérouzéré est un château situé près de Cléder dans le Léon, il appartient à Coatnizan et c'est avec Brest, la seule place tenue par les royalistes en Basse Bretagne. Les ligueurs conduits par Gabriel de Goulaine et de Carné viennent l'assiéger, une grande multitude de paysans léonards se joignent à eux. La garnison ne voulant pas être massacrée par la populace, signe un traité le 19 mars 1590, au terme duquel Coatnizan et ses hommes seront conduit hors du Léon jusqu'à un port de mer où ils pourront s'embarquer. " Coatnizan étant à peine sortie, De Carné et Goulaine font entourer les hommes de la garnison par les paysans. Ceux-ci, animés par une fureur brutale se jettent sur eux et les massacrent au mépris du traité signé . " Chanoine Moreau. La Ligue en Bretagne. Le commandant de la place, Keraudren est tué et son corps mutilé, les paysans frappant même leurs chefs qui veulent s'interposer. De Carné reçoit un coup de fourche à la gorge. "  C'est merveille dit un chroniqueur, qu'ils demeurèrent tous sur place, tant cette cruelle tête de paysan était enragée de ce qui leur échappasse ainsi. " Au mépris de l'acte de capitulation, les royalistes sont tenus prisonniers et ranconnés, Mercoeur se rendra complice du parjure en gardant Coatnizan au château de Nantes pendant vingt-deux mois et en exigeant une forte rançon pour sa libération.

Le sac de Carhaix..

Les royalistes avaient rassemblé une troupe près de Tréguier pour venir en aide à Kérouzéré. Apprenant la chute de la place, ils décident de se venger. Ils sont au nombre de 1200, commandés par Liscouet, Kergomar et la Tremblaye. Ils choisissent Carhaix, sachant que la ville est mal fortifiée, que doit s'y tenir la noce d'un personnage important et qu’à cette occasion    chacun y paraîtra avec ce qu'il a de plus précieux. De très bonne heure, ils se présentent devant la ville, les portes n’étant pas gardées, ils s'y installent, commencent le pillage. Le bruit du sac se répand, le tocsin est sonné dans la campagne environnante, les paysans arrivent sans ordre. Passant devant le château du Grannec, ils demandent à Pratmaria de se mettre à leur tête. Lanridon accepte de les conduire. Les royalistes leur tendent un piège près d'un pont en simulant une fuite, les paysans partent à leur poursuite, se mettent à découvert, les cavaliers royalistes en embuscade se jettent alors sur eux. Lanridon est tué, les paysans massacrés . Le chanoine Moreau se charge lui-même d'enterrer Lanridon à Collorec Une deuxième troupe de paysans se moquant de ceux qui venaient de se faire battre, commandée par le prêtre Linhouet entre dans Carhaix. Liscoet et ses hommes sont en train de festoyer, ils réagissent tout de suite, Liscouet dans un corps-à-corps a la main coupée. Malgré sa blessure, il fait donner la cavalerie et comme l'écrit le chanoine Moreau : "  Il se fit une grande boucherie, par la faute de ces brutaux qui ne crurent pas leur chef. Liscoet fit mettre le feu à Carhaix, la principale rue de la ville fut entièrement brûlée. " Cette fureur était dit-on commune à tous les paysans de Basse-Bretagne, leur dessein n'étant point de faire la guerre aux hérétiques mais d'exterminer la noblesse. Le 5 novembre 1590, Aradon, gouverneur de Vannes assiège Hennebont avec 300 arquebusiers et le soutien des Espagnols de Don Juan d'Aguila, Mercoeur faisant venir de l'artillerie de Josselin. Le 22 décembre, la ville capitule, les habitants devront payer 20.000 écus pour éviter le pillage.

Les Etats de Rennes.

Fin décembre 1590, les Etats de Bretagne s'ouvrent dans la grande salle du couvent des Jacobins. Il n'y a aucun évêque pour représenter l'Eglise, ils sont tous ligueurs, 40 personnes représentent la noblesse. Le tiers-état est représenté par les délégués des villes fidèles au roi : Rennes, Vitré, Tréguier, Saint-Brieuc, Quintin, Moncontour et Malestroit. Sont également admis aux Etats ceux qui ont quitté leur ville face aux ligueurs : le président du présidial de Vannes, le sénéchal de Quimper Jacques Laurent et deux chanoines de Saint-Malo. Le 27 décembre, le prince de Dombes fait une entrée solennelle dans la salle des Jacobins. Accueilli par le président du Parlement de Bretagne, Faucon de Ris, il fait lecture de la lettre du roi. Celui-ci demande aux Etats 100.000 écus pour lever de nouvelles troupes et armer des vaisseaux de guerre. Le Prince et les commissaires du roi se retirent, laissant l'assemblée délibérer. L'assemblée estime que le meilleur moyen de chasser l'Espagnol est d'appeler en Bretagne une armée composée d'Anglais. Le 31 décembre, dernier jour des Etats, l'assemblée accepte de verser au roi 75.000 écus et confirme solennellement l'union de la Bretagne à la France.

Les Anglais en Bretagne.

La reine Élisabeth d'Angleterre est particulièrement inquiète de la présence des Espagnols en Bretagne. Installés dans les ports bretons, ils constituent une menace sérieuse pour l'Angleterre. Elle demande à Francis Drake, l'homme qui a vaincu l'armada espagnole d'aller reconnaître ce qui se passe en Bretagne. Il écrit au prince de Dombes : "  Aussitôt que s'est répandu le bruit que l'ennemi commun avait débarqué ses troupes à Nantes, la Reine sérénissime ma maîtresse, m'a donné l'ordre d'équiper un navire très rapide pour aller m'informer dans les villes de Bretagne des projets des Espagnols, des lieux où ils sont installés et de leur situation. " Ce qu’il ne dit pas, c'est qu'il s'inquiète aussi de savoir comment seront reçus ses soldats qui ont fait depuis le début du siècle de nombreux pillages en Bretagne : à Morlaix et à Belle-Ile en 1548, à Brest en 1558 et à Saint-Malo en 1559.

Le 12 mai 1591, les Anglais débarquent à Paimpol. Ils sont 2400, au lieu des 3000 prévus et sont conduits par Norris. C'est un vieux capitaine qui a déjà combattu avec Francis Drake. Les ministres anglais espèrent qu'il va s'établir durablement dans certaines villes importantes de Bretagne. La Tremblaye qui est à Guingamp vient à sa rencontre et le conduit d'abord à Bréhat. L'île de Bréhat appartient à la maison de Penthièvre, donc à Mercoeur qui y a fait construire un fort. Quand les Anglais s'approchent de l'île, les Malouins se proposent de venir au secours de la population. Deux vaisseaux malouins s'approchent de l'île, mais ne se sentant pas assez forts, ils se retirent emmenant avec eux une partie de la population. La garnison abandonnée à elle-même capitule. Quinze soldats sont pendus aux ailes d'un moulin à vent. Les Malouins prennent peur et viennent mettre une partie de leur richesse sous la protection des Espagnols à Blavet. Comme les Espagnols, les Anglais ne cherchent pas le combat. Élisabeth souhaite qu'ils installent leurs quartiers d'hiver à Morlaix mais ne veut pas qu'ils combattent ailleurs que sur la côte.

Les Etats de la Ligue à Nantes.

Mercoeur adresse une lettre de convocation à toutes les villes de son parti. Les Malouins répondent qu'ils ne viennent pas parce que les chemins ne sont pas sûrs. L’ouverture se fait en mars 1591, les évêques de Quimper et de Léon assurent la présidence. Ils décident d'appliquer des droits d'entrée et de sortie sur tous les produits, en particulier sur le vin. Les Malouins refusent d'appliquer cette mesure qui disent-ils détruirait leur commerce. Les Etats décident de réprimer les excès des chefs de guerre :

Défense est faite aux capitaines et aux autres agents de guerre de prendre les femmes et enfants sous l’âge de 15 ans.

Défense de prendre aucun prisonnier du parti de l'union.

De piller une maison.

D'user de la force ou de violence à l'endroit des femmes et des filles . 

En fait les capitaines continuent d'agir pour leur propre compte, les maisons sont incendiées, les maitres ranconnés et ceux qui ne peuvent pas payer, sont égorgés ou brûlés vifs, le pays ami étant aussi mal traité que le pays ennemi.

l'évêché de Nantes et les prédicateurs.

Le chapitre décide d'administrer le spirituel comme le temporel en l'absence de l'évêque Philippe du Bec qui s'est retiré à Tours en septembre 1588. Le 18 janvier 1591, deux chanoines sont nommés pour le remplacer et un arrêt du 15 février déclare Philippe du Bec : " infâme, déchu de ses bénéfices et incapable d'en posséder aucun et malheur à ceux qui continueraient à correspondre avec lui. " Il est aussi demandé au pape un nouvel évêque pour Nantes. Le clergé préside les conseils bourgeois comme dans les autres villes de l'union. A Nantes, le plus célèbre des prédicateurs est Jacques le Bossu. Né à Paris en 1546, docteur en théologie de l'université de Paris, il a adopté la règle de Saint Benoît. Il est opposé à toute réconciliation avec le roi Henri IV : "  Pourquoi faisons-nous la sourde oreille à la déclaration du navarrais, qui sonne la trompette de la guerre pour appeler les serviteurs du roi, c'est-à-dire les libertins, les athées hérétiques, les fauteurs de tyrannie, simoniaques, pipeurs, mensongers, machiavelistes, rabelaitistes ? " Duplessis-Mornay dit qu'il a envoyé Meslier pour tenter une négociation avec Mercoeur mais dès que le Bossu l’apprend, il prêche à l'encontre, fait des remontrances à Mercoeur et informe l'agent du roi d'Espagne à Nantes. Il soutient que : "  Tous les catholiques qui font commerce avec les hérétiques, encourent ipso facto la peine d'excommunication, c'est le péché le plus énorme qui soit entre les plus méchants et qu'il faut fuir les hérésies comme la peste . " Henri IV, dit-il, fait la guerre ouverte au pape, aux prêtres et aux moines pour avoir la revanche du jour tant renommé de la Saint-Barthélémy. Pour enflammer le peuple contre les hérétiques, il a recours à deux moyens : les processions et les prédications. Tous les événements importants sont suivis d'un Te Deum à la cathédrale Saint-Pierre comme l’arrivée des Espagnols à Saint-Nazaire ou la parution de la bulle de Grégoire XIV excommuniant Henri IV. Tout un cérémonial est mis en oeuvre. Les plus fervents sont pieds nus, une torche à la main, une croix dans la main gauche et chantent des psaumes. Le plus souvent, les cérémonies se passent la nuit et à chaque occasion ont fait renouveler le serment de l'Union. A Nantes, le Bossu n’est pas le seul prédicateur, il y a à Saint-Nicolas : Julien Cormerais, Nicolas Bertrand et le cordelier Feu-Ardent. A Morlaix, le prédicateur Delaunay suit les troupes de la Ligue, il prêche loin de sa ville et Henri IV dit de lui : "  Qu'il a fait plus de mal à la Bretagne que Mercoeur avec ses hommes et ses canons . " Le roi est intraitable avec les prédicateurs. Bourgoing est arrêté à Tours, les armes à la main, il est écartelé et brulé. A la mort de Bourgoing, Jacques le Bossu se déchaîne dans son prêche : "  C'est l'enfant du diable, dit-il du roi, c'est un pipeur effronté, c'est le père du mensonge, l’impudence de ce misérable hérétique est extrême, misérable athée qui prend le Saint Nom de Dieu pour se gausser et se moquer de nous. " Parlant de Bourgoing, il ajoute : "  La mort d'un vrai martyr qui pour avoir opposé son savoir aux mutins huguenots, par eux fut massacré dans la ville de Tours . "

La Duchesse de Mercoeur préside aux processions nocturnes. Après le serment, la foule est réunie place Saint-Pierre, les enfants de la Psalette allument des bûchers et les assistants citent des versets de l'Ecriture, puis on jette les torches. L'effet de ces cérémonies sur les participants est terrible. La duchesse se mêle aussi aux fêtes populaires sur la motte Saint-André. En décembre 1590, elle met au monde un fils. Mercoeur envisage de faire célébrer le baptême de son fils avec l'assistance des bonnes villes de Bretagne. Mais l'enfant que la duchesse appelle "Prince et Duc de Bretagne " est de santé fragile. Il meurt et est enseveli dans l'église Sainte-Claire. La duchesse fait graver sur son tombeau, l'inscription :

ci gît le corps de Louis, Prince et Duc de Bretagne,

trépassé le 21 décembre 1590 . 

Le 5 novembre 1592, elle accouche de jumeaux, un garçon et une fille. Ils sont baptisés le jour même avec autant d'humilité que pourrait le faire le moindre gentilhomme. Le chapitre soutient la Ligue, par ses propos et par ses écrits, il est plus réticent pour la soutenir par ses deniers. Il refuse de s'associer aux dépenses occasionnées par la lutte contre les hérétiques. Le chanoine Moreau qui pourtant est ligueur, n'hésite pas à écrire : " Quels débordements, quelles vilenies dans la Maison de Dieu, quel renversement de toutes les saintes lois, que l'on retranche cette foule de bénéfices accumulés sur quelques têtes pour les répartir à ceux qui les méritent . " Chanoine Moreau. La Ligue en Bretagne.

Lanoue de retour en Bretagne.

Le Parlement de Bretagne demande depuis longtemps un guide pour le Prince de Dombes. Celui-ci est courageux mais trop jeune, ami des plaisirs et des tournois. " Il se livre gaiement aux plaisirs de son âge mais non de sa position et passe son temps à courtiser les dames de Rennes . " De Thou. Mémoires. Henri IV décide d'envoyer en Bretagne, François Lanoue Bras de fer. Celui-ci a soixante ans, une réputation légendaire de fermeté et de droiture et il vient de passer six ans prisonnier des Espagnols dans la forteresse de Limbourg. Atteint d’ophtalmie, il est pratiquement aveugle. Le 1 juin, il arrive en Bretagne. Il est temps car Norris menace de se retirer. Prenant la direction des opérations, il conduit l'armée à Quintin où Mercoeur a ses cantonnements. Le 4 juillet 1591, la cavalerie royaliste est devant Corlay, les Espagnols se rangent en ordre de combat mais Mercoeur refuse la lutte et se retire. Devant Lamballe, Lanoue n'est pas d'avis d'entreprendre le siège de la ville. Il va céder aux sollicitations des nobles de la région, en particulier de la Hunaudaie. Le château de Lamballe est défendu par 400 hommes. L'armée royale n'a que deux canons. Le 17 juillet, Lanoue les faire mettre en batterie. Après une journée de tir, une brèche est faite dans la muraille. Le 18 juillet, Lanoue voulant voir l'état de la brèche s'avançe à découvert et reçoit un coup d'arquebuse. On l'emporte, il reste une heure sans connaissance, on le transporte à Moncontour, croyant la blessure légère. Le prince de Dombes écrit à Henri IV : " Avec l'aide de Dieu, dans dix ou quinze jours, il remontera à cheval . " Le mal va empirer, les chirurgiens proposent de le trépanner, à l'exception d'un seul en qui Lanoue met toute sa confiance. Ses maux de tête l'empêchent de se reposer et de dormir, il se fait lire des psaumes, ne parle plus qu'en bégayant. Le 4 août 1591, il meurt après dix-huit jours d'agonie. Henri IV dira de lui : "  C'était un grand homme de guerre et encore plus grand homme de bien. On ne peut que regretter qu'un aussi petit château ait fait périr un capitaine qui valait mieux qu'une province . " Mercoeur donne un sauf-conduit pour transporter son corps dans sa maison de Montreuil-Bonnin. Henri Hauser écrit dans sa Biographie de Lanoue Bras de fer : "  C'est un vrai fils de la Bretagne. Breton, il ne l'est pas seulement par son obstination invincible, par sa fidélité à la cause qu'il a embrassée, par sa candeur un peu naïve. Il a du breton à la fois le caractère réfléchi, le goût de la méditation, le don de l'action rapide et bienveillante. Sur le champ de bataille, il rappelle son compatriote Bertrand Duguesclin avec le goût du pillage en moins . " Très redouté de Philippe II, c’était un capitaine sage et prudent, prenant soigneusement toutes les mesures pour vaincre, n'abandonnant rien au hasard. A la Cour du roi de Navarre, il s'emportait souvent contre les mauvais conseillers qui poussaient le roi à la débauche et à l'irreligion. Après la mort de Lanoue, le prince de Dombes fait lever le siège de Lamballe, Norris met son armée au repos.

Tension entre Mercoeur et les Espagnols.

Les relations se gâtent entre Mercoeur et les Espagnols. Déjà à la prise d'Hennebont, les difficultés étaient apparues sur la répartition des prises. Puis quand Villars s'était trouvé assiègé dans Rouen et avait demandé l'aide de Mercoeur, les Espagnols avaient refusé de participer à l'opération. Philippe II écrit le 8 janvier 1591 à Don Juan d'Aguila pour lui annonçer l'envoi d'un renfort de 2000 hommes avec des vivres et de l'argent et commence à lui parler des visées de l'Espagne sur Brest. Les renforts espagnols débarquent à Blavet le 27 avril. Maldonado fait un rapport le 21 avril sur Brest et Saint-Malo : " Une personne m'a dit qu'il ne serait pas difficile d'entrer en négociations avec les habitants et qu'elle croyait que si on entamait des pourparlers avec Sourdéac, le gouverneur de Brest et si on lui offrait de bonnes conditions, on obtiendrait sa réduction . " G de Carné .

Un nouvel ambassadeur arrive auprès de Mercoeur, il se nomme Ledesma. Ne parlant pas bien le français, il est en relation avec un conseiller du Parlement de la Ligue qui lui remet un mémoire sur l'état de l'opinion et lui fait part de l'opposition de certains ligueurs à Mercoeur. Ledesma a pour mission de proposer à Mercoeur : "  Le gouvernement perpétuel de la Bretagne avec en plus de 100.000 écus à prendre sur les biens des hérétiques . " Ledesma devra mettre Maldonado dans le secret, mais vis-à-vis du public, il sera censé être envoyé pour s'entendre avec Mercoeur sur la meilleure façon de parer aux dangers que présente l'arrivée des Anglais.

Don Juan d'Aguila se plaint à Philippe II de ne pouvoir faire la guerre à sa manière : "  Je ne fais pas la guerre à ma manière, mais bien à celle du duc, car s'il avait agi comme il convient, il se serait mis à la recherche du prince de Dombes avec les forces que votre Majesté lui a envoyées pour le défaire avant l'arrivée des Anglais. "

Morlaix et Philippe II.

Plusieurs habitants de Morlaix recherchant la protection des Espagnols, adressent à Philippe II des mémoires vantant la place de Morlaix : " Sa Majesté doit s'assurer la ville de Morlaix, lui écrit un correspondant anonyme, laquelle est une ville marchande, peuplée d'un grand nombre d' habitants, tous zélés aux partis de l'Union. La ville a un très beau port de mer et à l'entrée du port se trouve une forteresse gardée de tous temps par les habitants. La ville commande 3 évêchés à savoir le Léon, le Trégor et la Cornouaille. L'évêché de Léon à un port de mer et un gros bourg nommé Roscoff et à deux lieues, un autre port appelé Pempoul. Près de Roscoff, une île de deux lieues qui est forte et inaccessible. L'évêché de Trégor a une ville royale appelée Lannion en laquelle il y a aussi un port de mer. " Un autre mémoire, signé Yves de Cornille met en garde de Philippe II contre Mercoeur : "  Le duc de Mercoeur lui dit-il veut se faire duc de Bretagne, il a fait à Morlaix une citadelle en laquelle il a voulu mettre une garnison sachant bien que j'avais réduit cette ville, dont je suis natif, à la dévotion de sa Majesté et de Madame l'Infante. "

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